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  • L’addiction : un mythe, une maladie ou un fléau social contemporain ?
    Johanna Järvinen-Tassopoulos (a cura di)

    M@gm@ vol.14 n.1 Gennaio-Aprile 2016





    DÉSIR, BESOIN, DÉPENDANCE : L’ADDICTION COMME (É)PREUVE DE LA MODERNITÉ

    Rita Di Lorenzo

    Rita.Di-Lorenzo@univ-paris1.fr
    D’origine italo-polonaise, enseigne depuis dix ans la sociologie culturelle, la philosophie de l’art et les Études Culturelles dans plusieurs universités et établissements d’enseignement supérieur. Engagée depuis 2006 à l’université de Paris 1, et après avoir enseigné aux universités de Paris 8, Paris 3 et Parsons Paris, elle intervient également dans deux BTS audiovisuel (INA et EMC) en Sociologie des Médias. En plus d’une thèse en cours sur les Musées des Autres, elle travaille aujourd’hui essentiellement sur la question du Regard, l’identité et l’altérité, la légitimité culturelle et la société moderne et contemporaine. Également traductrice, elle fait appel à la littérature, la linguistique et les sciences sociales comme outils d’exploration des réalités sociales et culturelles contemporaines.


    Image : Pixabay CCO Public Domain

    « Le désir est une conduite d’envoûtement » (Sartre, L’Être et le Néant).

    « Les passions, à leur tour, tirent leur origine de nos besoins, et leur progrès de nos connaissances ; car on ne peut désirer ou craindre les choses que sur les idées qu’on en peut avoir, ou par la simple impulsion de la nature » (Rousseau, Lettres).

    « En résumé, la volonté sait toujours, quand la conscience l’éclaire, ce qu’elle veut à tel moment et à tel endroit ; ce qu’elle veut en général, elle ne le sait jamais » (Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation).

    La frontière entre la santé et la pathologie est un lieu fascinant et dangereux, au caractère poreux et surtout, tel le portrait de Dorian Gray, riche de familiarités des deux côtés, inavouées et coûteuses. Le terme d’addiction semble s’installer précisément sur cette frontière, gagnant en étendue médiatique ce qu’il perd en précision nosographique ; ainsi, aujourd’hui, nous serions « tous addicts » – au sucre, au téléphone portable, au chocolat, au café, aux soldes, à la chirurgie esthétique, à Facebook, cette liste pouvant être continuée par chacun d’entre nous puisque nous avons tous fait, nous faisons et ferons tous, l’expérience de la force des (mauvaises) habitudes, du désir, voire de la pulsion, de l’abus et de la dépendance.

    Notre société contemporaine semble stimuler cette expérience, en multipliant tant les objets addictogènes que les comportements addictifs : d’une part par le statut attribué aux biens sériels (produits dérivés, collections, obsolescence programmée, objets à usage unique ou remplacés par une nouvelle version), d’autre part par la dimension pulsionnelle revendiquée dans les habitudes de consommation (soldes, emplacements des produits dans les supermarchés, publicité s’appuient tous sur l’idée de tentation, déculpabilisée voire décomplexée.

    « La société de consommation a besoin de ses objets pour être et, plus précisément, elle a besoin de les détruire pour être en mesure de les remplacer », disait Baudrillard[1].

    Société du plaisir au point que certains on parlé de sa « tyrannie » (Guillebaud, 2001), plus hédoniste qu’épicurienne dans sa hâte de plaisir plutôt que de bonheur, l’époque contemporaine impose le plaisir et son désir comme nouvelle norme. Dès lors, quel est notre rapport à la pulsion, au désir compulsif, au dépassement des limites imposées aux besoins et aux envies socialement acceptables ? Est-ce une question de fond ou seulement de séquelles sociales tangibles ? Comment notre société régule le désir ? Comment la politique et les médias concourent-ils à le structurer, voire à le prescrire ? Quels mécanismes à l’œuvre dans l’addiction contredisent cette prescription, et surtout : s’agit-il véritablement d’une contradiction ?

    Ces questions et bien d’autres éclairent au fond la nature du terrain de l’identité contemporaine, intime et sociale. Zone frontalière, elle est prescriptrice de liberté mais fondamentalement addictogène : non seulement parce que, comme le dit Couteron[2], elle valorise l’individu (au détriment du groupe), l’intensité, la rapidité, la performance et le contrôle dans un contexte d’exclusions plurielles, mais aussi parce qu’elle se caractérise par le manque propre au fonctionnement addictif.

    En réalité, et en dépit d’une vision restrictive et (donc) rassurante, la société contemporaine n’est pas seulement celle de consommation, ou plus exactement elle ne l’est pas gratuitement : ses racines puisent dans le sol de la Modernité, nourri d’idéaux et empoisonné de trahisons, sol critique au sens médical du terme, et ses branchages révèlent une nouvelle condition humaine avant tout frappée de précarité.

    Dans ce réseau de tensions nouvelles, la crainte des dérives addictives n’épuise pas la peur et la fascination grandissantes que suscite l’addiction, drame subjectif mais surtout mythe (fondateur et explicatif) identitaire de l’homme moderne.

    Notre culture de performance et satisfaction rapides peut effectivement expliquer certaines dépendances induites par leur objet : par exemple, la drogue récréative, le dopage, les stratégies d’amaigrissement, les achats ostentatoires « chers » à Veblen (1899), l’hyperactivité sexuelle ou encore l’appât du gain du poker en ligne.

    Néanmoins, à y regarder de plus près, la véritable addiction mentale se nourrit d’éléments plus profondément constitutifs de l’identité de l’homme moderne et contemporain, et à la base de tout parcours addictif : avant tout, la fragilité des acquis, la proximité du vide, le décollement du besoin et du désir, la contrainte de l’indépendance.

    Nous allons analyser ces trois forces, puis les confronter à l’addiction amoureuse comme cristallisation du désir, du besoin et des dépendances modernes, et à l’école – laboratoire culturel et social d’avenir. Enfin, nous esquisserons une hypothèse de salut : le récit de soi.

    La fragilité des acquis

    Selon la formule consacrée de Michel Freitag (1986), la Modernité est définie par le « changement ontologique du mode de régulation de la reproduction sociale », fondé sur une mutation du sens temporel de la légitimité. Ouverture radicale au changement et à la création permanente de nouveaux fonctionnement sociaux et repères culturels, elle est avant tout constat d’échec des précédents, rendus inopérants par les désillusions historiques au sujet du progrès de l’humanité – voire de l’humanité elle-même : « l’homme moderne est l’esclave de la modernité : il n’est point de progrès qui ne tourne pas à sa plus complète servitude »[3], assène Valéry.

    Dès le XIX siècle, la démocratisation et les nationalismes (avec la fin des monarchies et, en France, la Révolution française, puis la Première Guerre Mondiale) transforment autant le quotidien que l’idée même de justice ; les découvertes archéologiques et ethnologiques dévoilent des pans de diversité (et, surtout, de fraternité avec le « divers » par origine ou époque) jamais soupçonnés ; la nouvelle industrialisation, ses bouleversements économiques et sociaux, mais aussi les déplacements des populations jeunes des campagnes vers la ville rendent obsolètes les apprentissages transgénérationnels, notamment professionnels ; de manière plus tragique, le colonialisme européen en Asie et en Afrique, l’esclavage, les évolutions technologiques liés à l’« art » de la guerre (abandonnant le corps-à-corps par des méthodes plus abstraites et aux effets dévastateurs, jusqu’à l’invention puis l’utilisation de la bombe atomique en 1945) minent définitivement la confiance de l’homme en sa capacité de jugement et en sa propre humanité : Adorno écrit en 1951 que « le néant que les camps de concentration ont infligé aux sujets atteint maintenant la forme même de la subjectivité [entravant] toute reconstruction de la civilisation »[4].

    Le philosophe allemand est sensible à cette représentation du pacte avec le diable que dépeignent également, entre autres, Thomas Mann ou Oscar Wilde dans Doctor Faustus, Mort à Venise et Le Portrait de Dorian Grey, romans Modernes par excellence. Au-delà d’un diable littéral offrant en contrepartie le génie créatif ou l’esthétisme d’une vie conçue « comme une œuvre d’art », il s’agit bien là du portrait de la tragédie moderne (et contemporaine) dont l’enseignement profond est que l’aliénation est le prix de la toute-puissance.

    La lutte intellectuelle et politique contre l’arbitraire, les a priori, les contingences, l’empirisme érigés en tradition à respecter, essentielles à Rousseau, Kant, Locke, sont reprises par la Modernité comme une bouée de sauvetage, mais dans ce contexte historique et social bien différent de celui des Lumières. Les ravages économiques, sociaux et surtout humains que le « progrès » charrie apparaissent à certains de plus en plus clairs et inévitables.

    La vision progressiste du temps et de l’histoire, qui discrédite le passé (toujours chargé d’irrationalité et d’entraves à la liberté individuelle) et qui envisage donc un avenir nécessairement meilleur, est encore relativement présente dans l’imaginaire collectif ; l’est aussi la confiance en l’homme et en son cheminement vers le bien, tributaire de la pensée religieuse, progressivement remplacée par l’imposition de structures et contrats sociaux appelés à imposer une justice et un progrès communs.

    Cependant, comme le rappelle Lyotard, il s’agit là d’une tentative larvée par ses échecs passés : « après ces deux derniers siècles, nous sommes devenus plus attentifs aux signes qui indiquent un mouvement contraire. Ni le libéralisme, économique ou politique, ni les divers marxismes ne sortent de ces deux siècles sanglants sans encourir l’accusation de crime contre l’humanité », constat auquel n’échappent pas les grandes religions monothéistes, au point qu’une émancipation de l’humanité semble contredite par « une sorte de destinée, de destination involontaire à une condition de plus en plus complexe »[5], fatale et tragique.

    Rendue ainsi indéterminable par les ajustements douloureux de l’homme à lui-même et les désavouements historiques de la raison humaine, la société moderne puis contemporaine perd également ses repères culturels communs et subjectifs à cause d’avancées pourtant indispensables  dans les conceptions et les droits : l’abandon des vieilles dichotomies et binarités rationnelles occidentales ouvre enfin la porte à la diversité, à l’égalité, à la nuance, à une richesse des représentations inégalée et fondamentale dans la définition d’une société plus juste.

    Cependant, des phénomènes comme le chômage, l’avènement de maladies et d’une fragilité environnementale nouvelles (insoupçonnées, et dues à l’activité humaine), l’isolement et l’écart entre les individus, les nouvelles conditions (difficultés) d’habitation, de dialogue, de travail et de rencontre viennent compliquer le fonctionnement social et psychique de générations déracinées et sommées de (se) reconstruire de manière radicale.

    La pléthore et le relativisme des informations, la dématérialisation de l’expérience et l’obsolescence sémantique et symbolique de la communication, la désidéalisation qui en découle caractérisent, nous dit Habermas (2001), la vie individuelle et relationnelle de l’homme contemporain ; l’avènement de l’artificialité technique et de la relativité des systèmes de valeurs mène, renchérit Goldfinger (1994), à une civilisation de l’immatériel qui oblige à un positionnement subjectif en perpétuelle évolution.

    « La vie quotidienne, dans une grande ville, suffit parfaitement en temps de paix à garantir [la destruction de l’expérience]. Dans une journée d’homme contemporain, il n’est presque plus rien en effet qui puisse se traduire en expérience : ni la lecture du journal, si riche en nouvelles irrémédiablement étrangères au lecteur même qu’elles concernent ; ni le temps passé dans les embouteillages au volant d’une voiture ; ni la traversée des enfers où s’engouffrent les rames du métro ; ni le cortège de manifestants, barrant soudain toute la rue […], ni la file d’attente qui s’allonge devant les guichets d’une administration ; ni la visite au supermarché, ce nouveau pays de cocagne ; ni les instants d’éternité passés avec des inconnus, en ascenseur ou en autobus, dans une muette promiscuité. L’homme moderne rentre chez lui le soir épuisé par un fatras d’événements – divertissants ou ennuyeux, insolites ou ordinaires, agréables ou atroces – sans qu’aucun d’eux se soit mué en expérience »[6].

    La période postmoderne et contemporaine viendra alors confirmer la contradiction et la difficulté fondamentale d’une victoire instable, tout aussi excitante que décevante, superbe et honteuse à la fois, et si exigeante : pour le dire toujours avec Agamben, si l’homme Moderne fixe son regard sur la lumière que son temps émet, le Contemporain « reçoit en plein visage le faisceau de ténèbres qui provient de son temps »[7]. Avec une autre métaphore, nous dirons qu’être Moderne est avant tout question de volonté et de confiance, fût-elle incomplète : on choisit de voir dans le présent une rupture avec le passé, une crise problématique mais annonciatrice d’avenir ; être Contemporain est plutôt affaire de courage et de désillusion, le présent n’étant que la preuve de la trahison du passé, interdisant tout avenir et condamné au non-vécu. L’homme Moderne est un adulte vigoureux et libéré des chaînes de l’enfance, l’homme Contemporain est un vieillard impuissant enchaîné aux blessures du passé.

    Dans notre époque à la définition glissante nous serions des contemporains ambigus, appelés à être (rester, devenir ?) modernes.

    Le passage à une société dématérialisée et centrée sur la culture de l’information (une société postindustrielle, donc) a confirmé la perte de légitimité des grands métarécits, les grandes idéologies explicatives de l’évolution de l’homme ayant été contredites et/ou relativisée, dans cette habituation à la virtualité, à l’évanescence et à la subjectivité des vérités qu’on retrouve chez Baudrillard.

    Le grand cadeau en est une nouvelle vision de l’humanité, plus hétérogène et complexe, moins normative ; le grand danger, l’isolement et la précarité dans lesquels cette subjectivité doit créer ses nouveaux repères intimes et sociaux, sous peine de sombrer.

    La proximité du vide

    Freud l’affirmait en 1929 : « telle qu’elle nous est imposée, notre vie est trop lourde, nous inflige trop de peines, de déceptions, de tâches insolubles. Pour la supporter, nous ne pouvons nous passer […d’] échafaudages de secours »[8].

    C’est toujours Baudrillard qui lui fait écho, presque quarante ans plus tard : « Il faut la violence et l’inhumanité du monde extérieur pour que non seulement la sécurité s’éprouve plus profondément comme telle (cela dans l’économie de la jouissance), mais aussi pour qu’elle se sente à chaque instant justifiée de se choisir comme telle (dans l’économie morale du salut) »[9].

    On pourrait ici reprendre la métaphore de l’adulte et du vieillard : Jean-Pierre Boutinet et d’autres ont dénoncé le caractère « adultocentrique » de nos sociétés modernes, qui voient dans cette condition non seulement un idéal désirable, mais une norme départageant les hommes. Si le chemin vers le consensus autour de la normativité abusive de l’homme mâle, blanc, hétérosexuel et de classe sociale moyenne est enfin en passe de se faire, il en va autrement pour cet âge adulte fantasmé, « analyseur de la dimension idéologique de la représentation de soi [… entre] l’âge d’une insertion précaire [et] celui d’une sortie critique »[10]. L’identité adulte signale toujours l’identité accomplie, active et puissante, utile voire indispensable, complète et, surtout, indépendante – ce que ne sont pas encore les « trop jeunes » et ne sont déjà plus les « trop vieux ».

    L’adulte serait ainsi celui qui a atteint, en plus d’un certain nombre d’années, une stabilité caractérisée par une capacité relationnelle et sociale, un statut psychologique solide et la reconnaissance sociale de ce dernier (Boutinet, 1995). Nous pourrions ajouter que cette stabilité implique une estime de soi fondée sur une cohérence et intégrité internes, mais aussi sur une capacité d’absorption des aléas et volontés d’autrui, voire des frustrations induites par une vie de plus en plus interdépendante et complexe, à l’heure de la spécialisation grandissante du travail et de la globalisation imposées à notre action individuelle.

    Cette adaptabilité à l’extérieur se traduit justement par l’autonomie et l’indépendance, certes relatives mais qui semblent seules pouvoir garantir, à l’ère moderne et contemporaine, des stratégies existentielles efficaces.

    Mais quels sont les enjeux et les conditions de cette indépendance aujourd’hui ? Sans cadre, ou plutôt engagé tout à tour dans des cadres à la fois normatifs et fluctuants car dématérialisés, excluant ou incluant le sujet selon sa capacité à en maîtriser les codes en perpétuelle évolution, « l’adulte en vient désormais à [devoir] organiser l’immatériel de ses savoirs, de sa formation, l’immatériel des référentiels qu’il utilise, l’immatériel de ses acquis, de ses compétences et de son propre projet, l’immatériel aussi de sa motivation, des logiciels qu’il utilise, des circuits institutionnels par lesquels vont circuler ses demandes […] ; or, dans cette société plus que par le passé et sans doute plus que dans d’autres cultures, l’adulte est désormais par un paradoxe de la logique communicationnelle mis dans un espace de non-communicabilité, de solitude »[11].

    Le succès et les déboires des réseaux sociaux et des sites de rencontres (amicales, sentimentales, sexuelles, professionnelles) et le ratio grandissant des célibataires semblent prouver le rôle isolant joué à la fois par une vie réelle chronophage et une approche consumériste de la vie virtuelle (Bergström, 2013), qui n’est pas sans rappeler ces « lieux de rencontre » abstraits et intangibles, pourtant objet d’investissements tangibles.

    La précarité fertile et dangereuse à la fois de ce nouveau registre social (et professionnel) induit forcément une vulnérabilité, matérialisée par le caractère peu prévisible et peu pérenne des transitions d’un « âge » à l’autre, d’un état d’accomplissement à l’autre, et des deuils que celles-ci imposent sans forcément ouvrir sur un nouvel statut stable et désirable.

    Le chômage, la perte d’emploi, le divorce, la reprise d’étude ou la reconversion, même lorsqu’ils aboutissent à une nouvelle activité ou relation, mettent à jour la circularité des expériences et dénoncent leur caractère fragile et éphémère. Ils impliquent le passage par différentes phases de renoncement, de perte, de remise en question, voire de régression et d’infantilisation, qui minent l’investissement psychique de l’âge adulte qui est pourtant le nôtre, et le seul socialement désirable. Ces régressions brouillent également les relations intergénérationnelles, et mènent à une mise à l’épreuve perpétuelle de l’adaptabilité, de l’autonomie, de l’indépendance de l’individu (Boutinet, 1995).

    Le chômage en est un exemple très concret. La perte d’insertion professionnelle ou familiale, notamment par le chômage ou le divorce, est la cause première de perte de logement fixe, selon une étude de l’INSEE de 2007 ; pire, un SDF sur cinq aurait perdu son emploi depuis moins d’un an. La quasi-totalité des SDF le serait devenue suite à une rupture brutale avec son milieu d’origine. Dans un système où la dimension privilégiée de la performance et l’affirmation de soi est celle du travail, le chômage subi mène souvent à la désocialisation et incarne l’humiliation, le sentiment d’inutilité et d’impuissance, la perte du sens de la vie : tous les liens sociaux (d’inscription dans un groupe familial, relationnel, professionnel, national) sont durement affecté par le chômage, la protection et la reconnaissance qu’ils assuraient (par le réseau, les ressources et la valorisation de l’existence qu’ils impliquaient) disparaissant et diluant violemment l’existence sociale même de l’homme (Schnapper, 1991)[12].

    Le décollement besoin / désir

    En résumant, nous dirons que la Modernité est avant tout le début d’une époque de solitude et de précarité nouvelles pour l’homme, dépourvu des habitudes et repères traditionnels, sommé d’en construire individuellement des nouveaux et personnels. La société contemporaine répond à cette crise en en imposant le défi, et trouvant alors dans l’individualisme une idéologie nouvelle et rassurante : les valeurs positives de liberté et d’indépendance investissent les domaines douloureux d’un quotidien où seul le présent semble concret et significatif, l’érigent en nouvelle « norme » et en justifient les succès comme (à certaines conditions) les dérives.

    Pour le dire avec Auguste Comte, l’individualisme « consacre la prépondérance de l’égoïsme », mais aussi la valeur ambigüe de tout sujet capable de se produire comme puissant, indépendant, libre, littéralement égocentrique. Les besoins communs, présents ou futurs, cèdent alors le pas aux désirs individuels, paradoxalement de plus en plus standardisés.

    L’essor de l’individualisme semble presque prendre en défaut Nietzsche (1886), qui voyait comme un animal grégaire, docile, maladif, médiocre l’Européen d’aujourd’hui ; le philosophe anticipait bien cependant entre les lignes le danger d’un « assujettissement au non-assujettissement », ou plutôt à l’imposition d’un idéal collectif d’individualisme tout-puissant et paradoxalement passif. Il faisait de la volonté de puissance la caractéristique essentielle du vivant – car « même dans la volonté de celui qui obéit, j’ai trouvé la volonté d’être maître […][13]. La vie est […] instinct de croissance, de durée, d’accumulation de force, de puissance : là où la volonté de puissance fait défaut, il y a déclin »[14]. Or, ce déclin et cet abîme semblent maintenant engloutir ceux dont la vie économique et sociale frustre violemment la volonté de puissance.

    Formidable figure de la tension terrible imposée à l’homme, sa célèbre formule prend le ton d’une prophétie lorsqu’elle décrit le danger qui guette ceux qui échouent dans la construction autonome d’un Moi puissant : « l’homme est une corde tendue entre l’animal et le Surhomme, une corde au-dessus d’un abîme »[15].

    En résumant, avec Boutinet entre autres, on dira que l’homme contemporain se trouve confronté à un défaut de permanence identitaire sociale et symbolique, qui ne saurait être recouvrée que par une action individuelle et volontaire dans un espace transitionnel qui le protégerait ainsi des aléas extérieurs. La capacité d’indépendance, de liberté et de création autonome sont alors les valeurs à la fois encensées par la culture contemporaine et nécessaires pour surmonter ses nouveaux défis.

    Tous ces critères définissent cependant, de manière paradoxale et souvent tragique, la personnalité addictive : la progressive émancipation du concept d’addiction (eu égard de la dépendance biologique d’abord, de la dépendance symbolique unique et définitive à un objet d’addiction ensuite) permet de comprendre que le vide, le manque préexistent à la conduite – voire à la première rencontre avec le produit ou l’activité addictive.

    L’addiction exprime un manque préalable au choix d’une stratégie d’insensibilisation : ce que je désire reste indicible, impensable, mais peut trouver satisfaction s’il s’incarne dans un objet disponible et capable de simplifier mon besoin. Et cet objet sera à son tour plus ou moins disponible selon son accessibilité dans le quotidien qui est le mien, ce qui explique à la fois la puissance des addictions hors substance addictogène et le passage d’une addiction à une autre si la première devient matériellement ou symboliquement inaccessible.

    Ce qui précède nous amène à trois paradoxes fondamentaux :
    a) l’addiction est indépendante de l’objet dont elle est dépendante ;
    b) la dépendance est une quête d’indépendance ;
    c) la société contemporaine est intrinsèquement addictogène.

    La contrainte de l'indépendance

    A) L’addiction est indépendante de l’objet dont elle est dépendante

    On doit à l’apport méthodologique et intellectuel de la psychanalyse la naissance de l’addiction comme catégorie de dépendance pathologique à un état mental bien plus qu’à un objet – tant et si bien que Saïet (2011) et d’autres, dans une vision qui n’est qu’en apparence paradoxale, affirment que les dépendances à un produit biologiquement addictif ne sont pas des addictions stricto sensu.

    Dans son ouvrage de synthèse sur les addictions, Mathilde Saïet[16] rappelle les avantages mais aussi les entraves concrets que ce constat apporte à la compréhension du phénomène : d’un côté, grâce à la relativisation du rôle de l’objet de la dépendance, on découvre que celle-ci n’est pas le simple reflet d’un asservissement biologique mais un mécanisme à part. De l’autre, on risque la banalisation du concept et/ou une pathologisation moralisatrice de conduites relevant d’autres troubles, voire de simples « mauvaises habitudes » : la cigarette, le café, le chocolat peuvent faire l’objet d’une dépendance physiologique et psychique, sans pour autant sombrer la plupart du temps dans une véritable polarisation aux effets dévastateurs.

    Au-delà de l’intensité, de l’urgence, de l’impériosité voire de la nature de l’objet de la dépendance, celle-ci devient addiction lorsque son exclusivité devient identité : « je suis » alcoolique, anorexique, dépendant. Cette polarisation qui en fait « seul objet de plaisir », ou plutôt seul mécanisme de survie – illusoire, et donc tragique –, dénonce alors sa nature profonde : distincte de l’envie mortifère de s’intoxiquer, l’addiction matérialise une envie salvatrice de se soulager par un remède exclusif (McDougall, 1978).

    Quelle que soit la nature propre de l’objet d’addiction, celui-ci n’est que l’occasion d’une « mesure d’insensibilisation »[17] dont le rôle prime non seulement sur ses qualités intrinsèques, mais aussi sur sa particularité symbolique : bien évidemment, on peut s’interroger avec raison sur le poids de l’imagerie du corps dans nos sociétés et en condamner les ravages sur la santé physique, psychique et sociale de ceux qui en deviennent les victimes. Comme tous les canons de beauté, la minceur, le bronzage, l’épilation intégrale, les différents artifices voire la chirurgie esthétique peuvent finir par être culturellement imposés, y compris dans l’abus, au nom d’une standardisation souvent violente.

    Cependant, on envisage aujourd’hui comment le rôle attribué à la nourriture, ou plutôt à son incorporation, prend le pas très rapidement sur une quelconque considération esthétique plus ou moins objective : chez le sujet boulimique, c’est la recherche de perte de contrôle mais surtout la dialectique plein/vide corporel qui permettrait d’accéder à une manipulation de l’intégrité, du passé (par le vomissement), de la génitalité (tout se passe par la bouche), de la sexualité et de la relation à l’autre. L’achat addictif, également défini comme une « boulimie de la dépense », répondrait d’ailleurs également à ces pulsions enfouies.

    Chez la personne anorexique, le but de l’amaigrissement servirait avant tout à couvrir une volonté de dévitalisation des choses et de soi, dans une lutte constante contre les tentations sciemment multipliées et le rappel à la vie biologique (avec ses objets et instances nourriciers), vers un triomphe délirant et illusoire sur le besoin, sur la « bête » corporelle, et dans une dépendance au déni, à la faim, à l’impossibilité d’intrusion de l’autre dans un corps imaginaire « cuirassé » (Saïet, 2011). Plusieurs autres addictions ou troubles obsessionnels compulsifs (dont celui du lavage des mains, par exemple) peuvent correspondre à ces finalités inconscientes.

    On le voit bien : nous sommes loin du plaisir, que ce soit dans les moyens comme dans l’objectif. La nourriture n’est pas « choisie » pour ses effets réels ou symboliques, mais pour le rôle qu’elle pourra jouer dans une nouvelle économie psychique qui nous inscrirait dans une relation au monde réduite et pourtant totalisante, fusionnelle, à la fois épreuve et soulagement, condamnation et conquête.

    Elle remplit progressivement à elle seule toute fonction et tout fantasme – ou, pour le dire autrement, elle répond seule à tout besoin et tout désir.

    Qu’en est-il des « nouvelles » addictions, ou de celles qui échappent à la logique du produit consommé ? Que révèlent-elles de notre impossible autonomie ? Prenons l’exemple de l’amour…

    B) La dépendance est une quête d’indépendance

    Du Prince Charmant qui défie les éléments mais qui, surtout, éveille enfin la princesse piégée (la sauve, la révèle, lui donne des jambes à la place d’une queue de sirène) au séducteur dominant qui soumet sa promise lui ouvrant ainsi « cinquante nuances »[18] de plaisir inconnues, l’apprentissage sentimental semble faire appel à l’émancipation par l’allégeance : si les clichés de genre présentés dans ces exemples sont peut-être enfin en train d’évoluer, reste constante la mythologie de l’objet d’amour qui délivre en liant à soi.

    L’amor, ch’a null’amato amar perdona de Dante, autrui désirable mais surtout désirant et donc potentiellement contrôlable, l’objet d’amour finit en réalité par simplement reprendre à son compte (bienveillant ou non) la toute-puissance des anciens maîtres. L’indépendance inespérée vis-à-vis de ces derniers, la fierté d’être « élu » par l’amour ou les épreuves déjà subies, le sentiment d’avoir choisi une voie là où les autres piétinent encore : dans les fables, ce nouvel assujettissement est réciproque et salvateur. Mais le remplacement d’une domination par une autre, et l’illusion de contrôle que le choix de ce remplacement fournit pendant un temps, sont rarement libératoires : l’amour, comme la religion pour les peuples selon Marx, incarne le fonctionnement de l’échafaudage de secours dont parlait Freud.

    Cependant, tout comme la foi, la relation d’amour (fût-elle passionnelle et intense) n’est pas en soi théâtre d’une addiction : ici aussi, ce qui différenciera un comportement sain d’une conduite addictive sera son caractère pathologique.

    L’autre est précisément objet d’amour, choisi en réponse à une souffrance et installé en position centrale et dominante – indépendamment de ses qualités propres, positives ou négatives.

    En partant d’une toute autre sorte de relation affective dépendante, plusieurs chercheurs s’accordent à trouver un ancrage addictif dans la structure de dépendance originelle du nouveau-né – à la fois terriblement impuissant et incapable d’intérioriser son impuissance, il reste indistinct du monde secourable et tout-puissant qui l’entoure et répond généralement à ses besoins (Winnicott, 1952). À mesure que la conscience de l’enfant s’élargit, l’assurance de la protection des dangers se double de l’angoisse de la perte de cette protection, soit de la perte d’amour, avec alors une imprégnation de dépendance psychique (ou réalité psychique de dépendance, Freud, 1940) et une fragilité individuelle douloureuse, que seul le renforcement identitaire dans un espace transitionnel peut compenser.

    C’est cet espace, à mi-chemin entre le moi et l’autre, zone intermédiaire entre l’intérieur et l’extérieur, qui permet d’opérer ce passage fondamental ; la toute-puissance et son extrême dépendance, absolues puis relatives, évoluent chez l’enfant grâce aux expériences de frustration (Saïet, 2011).

    L’élargissement des éléments nourriciers y joue également un rôle fondamental, jusqu’à l’adolescence – période d’émancipation et relativisation (voire de rejet) des anciens pourvoyeurs et objets d’amour – puis au-delà, dans l’expérience de la vie adulte.

    L’adolescence est ainsi également l’époque des premiers deuils – concrets ou symboliques – et des premières expériences relationnelles intenses choisies, qui sont parfois aussi des tentatives de remplacement de l’amour et de la dépendance exclusives et vitales des origines : sans que cela soit systématique, l’autre peut être investi de manière possessive et réductrice, dans un sentiment aussi totalisant qu’indifférent à ses qualités réelles.

    Une sorte d’étiquette identitaire lui est alors attribuée dès la perception de certains critères et finit par les occulter tous, plus ou moins définitivement, dans un sentiment et un lien devenus inconditionnels.

    Dans l’amour addictif, la dépendance affective reprend cette polarisation et en fait la caractéristique exclusive du lien à l’autre, qui n’est plus un véritable sujet mais, justement, un objet substitutif, un ersatz de la réalité extérieure impossible à intérioriser.

    Asservi à étoile d’un système planétaire stérile, l’autre n’a pour fonction que d’être là, par la présence ou par l’absence, par la bienveillance ou par la violence – il se borne à occuper intégralement l’espace laissé vide par une réalité interne insuffisamment sécurisante.

    S’il est vrai que le drame de la violence conjugale ne saurait souffrir d’aucune atténuante, il est également vrai que, pour comprendre l’impossibilité à fuir de beaucoup de victimes, il serait réducteur de penser uniquement en termes de difficulté matérielle, de « masochisme » ou de manque de volonté ou compréhension : la victime est souvent dans l’impossibilité psychique de s’abstenir (pour paraphraser la célèbre formule de Fouquet, 1951) non pas de la violence endurée, mais de la relation amoureuse addictive désormais en place.

    Le tribut à payer est extrême dans ce cas, comme dans celui des autres addictions (toxicomanie, alcoolisme, jeu ou achat compulsifs, anorexie ont des conséquences terribles sur l’individu, son entourage voire la société entière, avec une destruction progressive de toute relation, activité, valeur et enfin survie en dehors de l’addiction elle-même) ; cependant, le fait qu’il soit encore et toujours préféré à celui d’une mise en contact (à l’épreuve) directe avec la réalité extérieure et intérieure hors addiction doit nous éclairer sur l’immensité des enjeux.

    L’addiction est une tentative désespérée d’insensibilisation aux injonctions et échecs expérimentés par l’individu, devenu incapable de se projeter autrement que dans cette relation à l’objet unique, choisi, élu et qui semble l’élire à son tour puisqu’il lui donne la fierté fugace d’en avoir supporté l’épreuve et d’avoir trouvé une réponse à la vacuité extérieure et intérieure – entre autres, pour le dire avec Gutton (1984), en réamorçant une activité fantasmatique devenue psychiquement inabordable. Fierté fissurée par la honte, essentielle, de l’impuissance pathologique et perçue comme a-normale à s’intégrer dans un système sain, productif et « adulte ».

    Nous retrouvons ici la définition même de la modernité exprimée par Boutinet.

    La dépendance mentale est, aussi, la rupture de la dialectique entre le besoin (impératif, avide et aux objets fixes et pleinement satisfaisants sous seule condition de quantité) et le désir (aux modalités et objets variables à l’infini, jamais définitivement satisfaisants et à ce titre libératoires et fertiles) selon Freud[19]. Ces deux registres sont là aussi imbriqués dès notre naissance, dans une logique d’abord absolue, puis relative : le plaisir se sépare progressivement du simple besoin chez le nourrisson, alors que dans l’expérience addictive il retourne à cette catégorie unique (Aulagnier, 1979) et ne fantasme plus que sur sa répétition à l’identique. De même, selon certains, le désir réduit à besoin paradoxalement « purifie » et isole le plaisir et le corps qui s’y engage, puisqu’il ne réagit plus alors qu’à l’intensité d’une sensation unique et toute intérieure, délivrée du risque d’empiètement et de présence de l’autre : « rien ne doit être reçu de l’autre ; rien ne doit faire naître un sentiment de dette » (Lesourne, 2008).

    La notion d’addiction et sa diffusion révèlent finalement le danger que nous soyons effectivement « tous addicts », mais loin du sens moralisateur et banalisant de « mauvaises habitudes » communément partagées, et donc d’une réponse déculpabilisante dès lors que leurs résultats sociaux le sont.

    La visibilité réduite des effets d’abus à moyen terme et surtout l’inutilité apparente des objets d’addiction « doux » (cigarette, café, chocolat, soda, voire chaussures, téléphone portable, Facebook, etc.), en un mot leur statut accessoire (ni médicamenteux, ni nourrissant) fait que certaines dépendances jouissent d’une acceptation sociale et culturelle particulière, qui les nomme tout en leur enlevant leur caractère pathologique : on s’avouera être « accro » en souriant, voire en communiant autour d’un même objet de désir et plaisir partagé, que ce soit un paquet de bonbons ou la dernière série télévisée américaine.

    Cette attitude dévoile cependant les causes profondes de la condamnation – devrait-on dire : de la répulsion – dirigée vers les addictions socialement destructrices, et donc davantage révélatrices du mécanisme à l’œuvre dans les premières : l’anorexie, l’alcoolisme, la toxicomanie ne sont pas simplement regardés avec dégoût pour leurs conséquences dramatiques et désocialisantes, mais également avec crainte, puisque leur familiarité avec les addictions « douces » nous rappelle que celles-ci répondent à une même attitude, une même faille.

    C) La société contemporaine est intrinsèquement addictogène

    Cette faille est éminemment moderne, si on regarde le nombre croissant à la fois des « addictés » (en augmentation constante en France selon l’INSEE 2005/2010, en dépit des mesures prises notamment contre l’abus de tabac, d’alcool et de jeu de hasard), des addictions nouvelles et des marques d’intérêt pour le sujet (publications scientifiques ou grand public, utilisation du terme, médiatisation des cas, etc.) dans nos sociétés occidentales contemporaines.

    L’acte consommatoire propre à l’addiction survient notamment à l’adolescence, « fruit de la rencontre d’un produit et d’une personnalité » (Olivenstein, 1984), et serait alors une même lutte contre des souffrances différentes, indépendante des structures mentales profondes mais issue d’un rapport à l’objet et à l’autre profondément problématique – car toujours et à la fois susceptible d’abandon (de manquer) et d’intrusion (d’envahir et soumettre) ; le deuil (y compris le deuil existentiel que représente l’adolescence) en est alors un nœud fondamental et manifeste (Saïet, 2011).

    Or, la précarité contemporaine, avec ses idéaux d’indépendance et de créativité subjective et son constant renvoi (potentiel ou factuel) à des phases d’infantilisation, de désir d’émancipation contrarié, de perte des repères, d’injonctions d’autonomie et d’adaptabilité, de remise en questions des équilibres et de reconstruction identitaire permanente, semble justement détacher l’adolescence et le deuil de leurs moments existentiels propres et en faire un état général – ou, plus exactement, un état mental sous-jacent aux parcours de vie individuels.

    Au-delà des phénomènes d’adolescents ou des cougars, du dynamisme et de la jeunesse comme marques d’une nouvelle « génération bobo », du rejet des corps mûrs en faveur d’une esthétique jeuniste et androgyne, de l’injonction de « se refaire une vie », le quotidien contemporain tel qu’on l’a décrit jusqu’ici semble enfermer les générations aux portes de l’âge adulte, dans une circularité qui se surprend à être finie.

    Nous avons cité en début d’article les compulsions induites par la familiarité avec les produits « addictifs » (sériels et/ou éphémères) et surtout par l’environnement culturel contemporain, telles que la toxicomanie récréative, le dopage, le shopping compulsif, les stratégies d’amaigrissement anorexiques ou boulimiques, l’hyperactivité sexuelle ou encore les jeux d’argent. Elles semblent néanmoins viser dans ce cas un résultat, justement, de plaisir ou de performance (professionnelle, sportive, esthétique, matérielle) qui n’est finalement qu’accessoire et/ou illusoire dans la véritable addiction mentale. Celle-ci est en effet une véritable mise hors jeu des systèmes de plaisir et besoin extérieurs, une mise « hors compétition » de l’individu, qui polarise son existence autour d’un seul objet, finalité en soi.

    Bien qu’il permette parfois de se sentir « autre », voire de se légitimer, il mène à une définition de soi aporétique et toujours imprégnée de honte.

    L’économie psychique à l’œuvre dans toute addiction est avant tout la tentative de remplacement du désir par le besoin, du plaisir par l’assouvissement, de la dépendance à l’autre par la dépendance (illusoire) à soi, et in fine de l’individualité (voire l’individualisme) à l’altérité – porteuse d’expériences potentiellement dangereuses, toujours imprévisibles, jamais circonscrites, dans une dialectique identité-diversité qui devient alors une simple opposition.

    La tension due à l’expérience d’une réalité de plus en plus abstraite et individualiste mène les plus fragiles, ou une partie d’entre eux, au choix d’un « objet » perçu comme rassurant, maîtrisable et psychiquement économique (car prévisible et rentable à la seule condition d’une augmentation quantitative, et non qualitative).

    L’altérité, rappelle toujours Saïet, menace d’engloutissement, d’intrusion et d’esseulement. Jeammet (2004), à propos de l’amour, souligne à quel point celui-ci est vécu de manière extrêmement violente par la personnalité addictive car il la menace « d’hémorragie narcissique ou de destruction de [sa] toute-puissance […]. Cette difficulté à supporter l’emprise que l’autre pourrait exercer sur lui pousserait le sujet à adopter des objets subjectivement moins dangereux, c’est-à-dire moins menaçants psychiquement », en quête d’une délivrance des assujettissements et exigences externes et de maîtrise – illusoire car, bien qu’auto-administré et solitaire, l’objet reste avant tout incapacitant à s’abstenir et contrôle, de fait, le sujet dépendant de lui.

    Plus encore que la proximité du produit induite par le contexte (rôle de l’image du corps féminin, accessibilité des produits, importance des biens matériels, capacités intellectuelles ou physiques, etc.) et ayant une importance réelle, le caractère abstrait de la vie contemporaine pourrait peser de manière essentielle dans toutes les « adolescences » ou périodes d’entrée (réussies ou fallimentaires) dans l’âge adulte.

    Ainsi, le produit en soi ne serait choisi que par familiarité, matérielle ou symbolique, dans le cadre d’une attitude-symptôme d’un malaise narcissique profond.

    Les addictions seraient alors toutes comparables, non seulement par leurs conséquences (isolement social et psychique, déchéance physique et/ou sociale : maladie, criminalité, suicide, mort) mais aussi dans leurs objets de départ (le produit toxique est moins accessible que le produit ou le comportement ordinaires, mais également plus addictogène d’un point de vue biologique : dans les deux cas, la puissance de la dépendance sera la même).

    Cependant, nous l’avons vu, les addictions sont potentiellement infinies non seulement car leurs objets le sont, mais parce que le sont les hommes soumis à la fragilisation individualisante contemporaine.

    Le refus des codes alimentaires (de quantités, de préparation, de temporalité et de partage) du boulimique, le refus des règles biologiques de l’anorexique, le refus d’un ancrage effectif dans le présent des alcooliques et toxicomanes, le refus du gain et de la séduction dans le jeu et la sexualité pathologiques, le refus d’une réponse à des besoins réels dans l’achat addictif : dans ces cas comme dans les autres formes d’addiction rencontrées au quotidien, ce qui prime est d’abord (1) la révolte à une dépendance réelle ou fantasmée, (2) le choix d’une stratégie de fuite illusoirement autonome puis (3) la perte de contact avec le plaisir et le besoin véritables – l’existence n’étant plus rythmée que par la souffrance, certes simplifiée car réduite au manque d’un seul objet, mais terrible) et le soulagement de cette souffrance (par le recours au seul objet qu’y répond), dans une course mortifère qui va s’accélérant.

    Le besoin réel est nié par son déplacement vers un besoin construit par l’addiction, brièvement choisi puis définitivement subi.

    Le plaisir est escamoté au profit d’une mise sous silence voire d’une simple atténuation de la douleur psychique (et/ou physique) du manque.

    Et la solitude de ce régime est totale, doublement radicale car aucun soulagement ne viendra d’autres « objets » (fussent-ils des personnes aimées) et car le contact avec les autres est le plus souvent dominé par la honte, la répulsion, l’incompréhension, voire l’hostilité.

    Une « anomie » heureuse ?

    Pourtant, l’époque contemporaine est aussi celle d’une pensée moins normative et plus ouverte, ayant posé et surtout posant les bases de nombreuses avancées humaines essentielles : l’égalité des droits, la valeur et dignité individuelles, la non-hiérarchisation des catégories identitaires et des parcours existentiels, la mobilité sociale, la diversité culturelle.

    Malgré les crises et les tensions parfois très profondes qu’ils traversent, les individus sont de moins en moins collectivement soumis à des systèmes de régulation sociale univoques ; paradoxalement, et en dépit des événements dramatiques, des injustices terribles et des résistances violentes qui parsèment l’actualité, nous aspirons enfin à une paix sociale qui n’aura jamais été si profondément construite et hétérogène.

    Ce trésor irremplaçable est pourtant, pour le dire avec Durkheim (1897), un facteur de risque pour l’individu fragilisé, car cette paix n’est pas fédératrice ; si l’on accepte le constat qui fait de la conduite addictive une inconsciente et paradoxale conduite suicidaire, on pourrait la définir avec le sociologue comme fataliste et anomique à la fois : contraint de se performer en tant qu’individu adulte dans un contexte qui ne lui en donne pas les moyens, l’homme contemporain est de surcroît confronté à une véritable injonction paradoxale, car le but en est une « invention de soi » soumise à résultat.

    Comment concilier cette double contrainte sociale et culturelle ? La question est posée aux sciences humaines dans leur ensemble, tel un défi fondamental : comment libérer l’homme sans l’abandonner, comment le structurer sans l’enfermer, comment lui donner des outils efficaces sans le conditionner à un résultat unique – voici la base des interrogations actuelles sur l’évolution humaine, le cadre imposé à ses adultes, l’éducation donnée à ses enfants.

    La complexité de la réponse sera à la hauteur de celle du problème, mais une première piste pourrait peut-être venir justement du milieu scolaire et de ses tendances.

    L'école en premier lieu

    Les piètres résultats de la France lors de l’enquête PISA de 2009 sur le bien-être des enfants scolarisés semblait suggérer, dans une tendance se confirmant et au-delà des effets d’annonce et des résultats scolaires de chacun, un lien direct entre mal-être psychique et compétitivité.

    Dans les pays asiatiques en tête du classement des résultats scolaires, comme le note Jean-François Sabouret (1985), on est face à une société compétitive qui met l’accent sur la réussite scolaire et professionnelle et qui se manifeste, entre autres, par une très grande responsabilité attribuée à l’enfant : « au Japon par exemple, il est arrivé que certains élèves se suicident après la publication de leurs résultats, parce qu’ils ne se voyaient plus dignes de leurs parents. Il faut savoir que dans les pays asiatiques, il existe un accord tacite et invisible entre les parents et leur(s) enfant(s) qui veut que ces derniers remboursent, par l’éducation et la réussite, la dette qu’ils ont contractée envers leurs parents en venant au monde. L’enfant est donc porteur de l’honneur familial mais aussi collectif » (2013).

    On est là beaucoup plus dans une contrainte unique forte que dans le manque d’indications et de moyens de réussite, et l’individualisme n’est pas forcément ce qui marque ces sociétés ; néanmoins, la conduite suicidaire pour avoir « failli à être adulte » de manière socialement acceptable est bien la même.
    En France en 2009, selon l’étude OCDE 2009, seulement 1 enfant sur 5 entre 11 et 15 ans déclarait aimer l’école, pourtant premier lieu social en dehors du cercle familial (y compris en termes de temps : entre 25 et 35 heures hebdomadaires en moyenne au collège et lycée). Les hypothèses les plus crédibles pour expliquer ce phénomène s’accordent sur deux points fondamentaux : la compétitivité organisée entre les élèves et un jugement identitaire porté sur les « mauvais » élèves.

    D’un côté, en effet, le système de notation français (dénoncé entre autres par la Fédération des Conseils de Parents d’Élèves[20]) serait à la fois confus, brutal et stigmatisant, car il consiste en un classement des élèves du groupe plus que dans une analyse des progrès et des failles subjectifs de chacun, empêchant ainsi le développement d’un réel esprit de collaboration[21].

    De l’autre côté, la priorité attribuée à certaines matières (français, mathématiques) au détriment d’autres (musique, arts plastiques, anglais, etc.) classe également les élèves qui réussissent ou échouent dans chacune d’elle d’une manière qui touche à leur valeur intrinsèque et a fortiori à leur réussite professionnelle et sociale future.

    La « peur de dire une bêtise » (Gumbel, 2010) serait même ce qui caractérise les élèves français, parfois paralysés à l’idée de se montrer incapables, impuissants, dans un système hiérarchisant et essentialiste qui n’aurait pas beaucoup changé des constats de Bourdieu au sujet de sa violence symbolique : la cécité aux inégalités sociales sert de justification aux inégalités de réussite et légitime leur reproduction, attribuant arbitrairement leurs causes à un manque personnel, subjectif, naturel face à un accès faussement égalitaire – en réalité balisé pour que les plus adaptés réussissent (Bourdieu et Passeron, 1970).

    Ce qu’on a vu pour le chômage est tout aussi vrai pour l’école, banc d’essai de l’inscription sociale future : la rupture d’insertion, de reconnaissance et de valorisation possible « dans les règles » de ce premier circuit mine les fondements de celles à venir.

    Si l’on parle ici d’école et d’enfance puis d’adolescence, c’est avant tout parce que c’est dans ces « lieux » que la psychanalyse et les statistiques trouvent l’origine des fragilités menant à l’addiction et/ou aux conduites suicidaires : l’accoutumance à la valorisation et l’humiliation identitaires par la « réussite » scolaire et, partant, sociale (relationnelle, professionnelle, matérielle) à venir ; de là, le sentiment de culpabilité et de honte face à l’impuissance à devenir socialement adulte ou à le rester de manière stable ; l’injonction individualiste d’indépendance et de liberté qui se mue en autorisation de blâmer de ceux qui échouent – tout cela se mélange dans la personnalité contemporaine.

    Personnalité déjà aux prises avec la subjectivité et (donc) la précarité de ses nouveaux acquis, repères et relations aux objets et aux êtres, de plus en plus transparentes.

    Personnalité, enfin, en proie à la double contrainte d’un bonheur immédiat – faute d’inscription possible dans le temps et l’histoire – et d’un ancrage impossible au présent fluctuant qui est le nôtre : « des idéaux et finalités nous assistons à un repli sur les valeurs qui désormais deviennent de grandes préoccupations partagées […]. Dans ce système l’interrogation sur les valeurs pour améliorer le moment présent se substitue à une mobilisation autour des finalités porteuses d’avenir »[22] – mais quelle amélioration du moment présent pouvons-nous atteindre dans une société addictive qui a escamoté le désir et le plaisir et déformé notre compréhension du besoin ?

    Perspectives

    La réponse, terrible, est parfois celle donnée par l’addiction.

    Cet abîme menaçant n’est toutefois pas la seule issue possible. Selon les circonstances, la personnalité et/ou l’accompagnement éventuel des adultes aux prises avec les crises contemporaines, cela peut se solder sur une possibilité de futurité, réconciliant le sujet avec ses expériences dans une progression créatrice, maïeutique, « une ré-création au sens que lui donnait S. Kierkegaard, à savoir un recommencement »[23].

    Sans verser dans un véritable optimisme, Jean-Pierre Boutinet reconnait la voie du salut par une permanence identitaire consciemment construite, au moyen d’un espace transitionnel où l’individu peut, « tout en continuant à utiliser des repères identitaires devenus flous, voire mous, de la professionnalité, de la formation, de la famille, de la sensibilité idéologico-religieuse […], compenser par l’aptitude à parachever notre capital d’expériences » et y trouver un sentiment de soi évolutif et stable à la fois, à condition que « l’actuel lien social ne continue pas à se déliter en marginalisations et exclusions sans cesse plus nombreuses »[24].

    Comment éviter l’isolement stigmatisant et le besoin d’insensibilisation qui en dérive, et qui caractérisent les conduites contemporaines ?

    Les termes de ce questionnement portent en eux un espoir de salut : une organisation moins compétitive et plus collaborative, tant à l’école que dans les autres systèmes sociaux, permettrait de miser sur une complémentarité libre et souple au lieu d’une normativité certes variable mais néanmoins violemment contraignante.

    Surtout, il ne s’agit là nullement de renoncer aux valeurs émancipatrices de liberté personnelle et d’indépendance contemporaine, ni de s’abandonner à une compréhension utopique de la vie sociale : de Tocqueville (1840) parlait déjà de l’individualisme comme d’une maladie qui, née de l’égalité, devait paradoxalement être contrée par la liberté individuelle et surtout par l’investissement de chacun dans la vie (politique) particulière qui est la sienne ; loin de la monade sans portes ni fenêtres de Leibniz (1695), l’homme doit trouver de quoi s’engager dans sa vie multidimensionnelle pour un faire un récit (Boutinet, 1995), s’en approprier et en tirer de la fierté, indépendamment d’une réussite littéralement pré-établie.

    La psychologie nous a familiarisés avec le concept de résilience, qui permet d’expliquer à la fois une vulnérabilité psychologique individuelle (et donc un retentissement différent face à un traumatisme ou une épreuve identiques) et une possibilité de la contrer en se fiant à des tiers « tuteurs » multiples (personnes, actes, situations qui permettent d’éclairer autrement le vécu douloureux[25]). Or, on le voit, l’addiction ne fait au final qu’occuper la place de ce tuteur, de manière polarisante, déformée et destructive, là où d’autres instances pourraient en jouer le rôle.

    Plus que jamais, dans une ère transparente et virtuelle, libre et trouble, déracinée et en marche, on pourrait dire avec Françoise Sagan qu’écrire (construire, dire) est la seule vérification que l’on ait de soi-même : qu’on les partage ou non, la vie tient par les mots.
    Et par le sens qu’on donnera à nos chemins enfin libres.

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    Notes

    [1] Jean Baudrillard, La Société de consommation (1970), Paris, Gallimard, 1999, p. 56.

    [2] Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction et auteur, entre autres, de Les conduites addictives – Comprendre, prévenir, soigner, Paris, Dunod, 2008 (avec Alain Morel).

    [3] Paul Valéry, 1871-1945, Regards sur le monde actuel, Paris, Gallimard, 1945, p. 62.

    [4] Theodor W. Adorno, Minima Moralia – Réflexions sur la vie mutilée (1951), Paris, Payot, 2003, p. 94.

    [5] Ces deux citations sont tirées de François Lyotard, Le Post-moderne expliqué aux enfants (1986), Paris, Galilée, 2005, « Lettre à Jessamyn Blau », p. 47.

    [6] Giorgio Agamben, Enfance et Histoire. Destruction de l’expérience et origine de l’histoire, Paris, Payot, 2002, pp. 24-26.

    [7] Giorgio Agamben, Qu’est-ce que le contemporain ?, Paris, Payot /Rivages, 2008, quatrième de couverture.

    [8] Sigmund Freud, Malaise dans la Culture (1929), Paris, Points Essais, 2010, p. 34.

    [9] Jean Baudrillard, op. cit., p. 34.

    [10] Jean-Pierre Boutinet, Psychologie de la vie adulte, Paris, PUF, 1995, pp. 5-7.

    [11] Idem, pp. 27-28.

    [12] La perte du sentiment d’utilité et de complémentarité professionnelle et sociale mériterait un chapitre à part, car se joue là une fragilisation des repères qui trouve à nouveau écho dans une ouverture essentielle et émancipatrice de l’époque contemporaine : celle de l’égalité (plutôt que la complémentarité), qui refuse de subordonner la valeur de l’individu à une fonction sociale préétablie – notamment dans le cas des minorités : les femmes, les étrangers, les handicapés (Sénac, 2015).

    [13] Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra (1885), Paris, Max Milo, 2006, p. 197.

    [14] Friedrich Nietzsche, « L’Antéchrist » (1896), dans La Société Nouvelle, Paris, Gallimard, 1974, p. 90.

    [15] Friedrich Nietzsche, op. cit. (1885), p. 15.

    [16] Mathilde Saïet, Les addictions, Paris, PUF, 2011.

    [17] Sigmund Freud, Nouvelles Remarques sur les psychonévroses de défense, Londres, Standard Edition, 1896, p. 73.

    [18] Cfr. la trilogie d’Erika L. James, Cinquante nuances de Gray, Paris, Lattès, 2012, vendue à plus de 125 millions d’exemplaires vendus dans le monde.

    [19] Cfr. M. Saïet, op. cit., « Chapitre III ».

    [20] FCPE. Cfr. à ce propos, entre autres, l’article de Caroline Piquet, « Les associations de parents d'élèves approuvent la réforme du système de notation », paru sur LeFigaro.Fr le 24.06.2014 (visible sur http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2014/06/24/01016-20140624ARTFIG00156-les-associations-de-parents-d-eleves-approuvent-la-reforme-du-systeme-de-notation.php, dernière consultation le 2 décembre 2015).

    [21] L’abandon du système de notation classique est de plus en plus tenté partout dans le monde, notamment dans les parcours pédagogiques expérimentaux – pour n’en citer qu’un à très haut niveau, c’est le cas du projet universitaire AIMS (Institut Africain des Sciences Mathématiques, ou AIMS, the next Einstein initiative, en Afrique du Sud), dont les étudiants sont pourtant emmenés en neuf mois d’études intensives à un niveau d’excellence pouvant leur ouvrir les portes des plus grandes universités internationales.

    [22] Jean-Pierre Boutinet, op. cit., p. 34.

    [23] Jean-Pierre Boutinet, op. cit., p. 88.

    [24] Idem, pp. 118-119.

    [25] Cfr. entre autres Boris Cyrulnik et Claude Seron (dir.), La résilience, ou comment renaître de sa souffrance,  Paris, éditions Fabert, 2009.



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