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  • Mito y poder en las sociedades contemporáneas
    Mythe et pouvoir dans les sociétés contemporaines
    Mabel Franzone - Alejandro Ruidrejo (dir.)

    M@gm@ vol.11 n.2 Maggio-Agosto 2013

    ANTIGONE PHOENIX


    Laura Valeria Cozzo

    lauretta@filo.uba.ar
    Professeure de Lettres- Univ. de Buenos Aires (UBA); Etudes de Traduction techno-scientifique et littéraire (Français) IES- Lenguas Vivas “J. R. Fernández”. Membre de l’Association Argentine de Littérature Comparée, de l’Assoc. Argentine de Littérature Française et Francophone, et de l’Assoc ; Arg. D’Etudes Américaines ; Chercheur Indépendant.

    La transtextualité, c'est-à-dire la transcendance textuelle d'une œuvre, permet de relier des textes qui composent la grande bibliothèque de l'histoire de la littérature universelle, d’une manière plus secrète ou plus manifeste, les uns avec les autres. L’oeuvre est un palimpseste: un texte qui conserve lui-même les traces d'une écriture précédente, un message qui lui précède, qui a été écrit sur la même feuille, et puis supprimé, mais dans lequel il est possible d’entendre l'écho d'une autre voix qui chuchote, d’après Jean Cocteau.

    Le XXème siècle réécrit les mythes classiques comme une stratégie à la recherche de la nouveauté. Mais pourquoi cette préférence pour ces vieilles histoires de temps si lointains? Pourquoi une poignée d’anciens mythes continuent à nous dominer et à donner forme à  notre sens de nous-mêmes et du monde, se demande  George Steiner. Pourquoi les Antigones sont vraiment éternelles, si près de nous dans notre présent? Le mythe de la jeune fille d'Œdipe, l'histoire qui a eu la progéniture la plus nombreuse dans l'histoire littéraire selon le théoricien français, c'est l'histoire préférée des grands écrivains qui ont marqué le XIXe siècle. Même si le prochain siècle, en revanche, va aimer les péripéties de son père, le maudit Œdipe, il continue à donner lieu à de nombreuses Antigones, sur les deux côtés de l'Atlantique.

    Steiner affirme que les mythes sont généralement définis par leur capacité de nous remettre en question au-delà de leur temps, c’est pour cela qu’ils deviennent importants pour les destinataires de toujours. Pourquoi cette histoire a survécu et pas d'autres récits mythiques, presque condamnés à l'oubli? Si cette pièce de Sophocle, considérée comme la plus grande des tragédies grecques pour être la plus proche de la perfection que les autres œuvres produites par l'esprit humain, était la plus réecrite, c'est parce qu'elle présente les cinq points conflicts les plus constantes dans l'histoire de l'humanité, ceux face à lesquels les négociations ne peuvent pas avoir lieu du tout: hommes / femmes, adultes / jeunes, société / individu, vivant/ mort, homme / dieu (s). Le premier élément de chaque paire est représentée par Créon et le deuxième par sa nièce Antigone dans la pièce de Sophocle. Ses renouvellements suivants, à condition inépuisable, assureront alors la présence de chacune de ces oppositions.

    Pourquoi les auteurs et les mouvements d'avant-garde qui reviennent à raconter les mythes antiques? Esperanza Garcia Guerrero s’interroge si l'oracle de Delphes aurait prédit à Sophocle cette vigueur au-delà des siècles. D’après cette théoricienne, c'était son désir d'innovation et d'expérimentation qui a conduit les répresentants de l’avant-garde à l'origine de l'expression théâtrale. Elle trouve un terrain d'entente entre le style de Sophocle et la poétique d'Antonin Artaud (qui a fait partie de la mise en scène de l'adaptation de Cocteau.) Dans les deux cas, il s’agit d’une manifestation artistique qui terrifie et purifie les spectateurs à la fois, représentée solennellement et qui crée un lien avec le public en lui faisant participant au destin des personnages. Elle remarque également la présence d'éléments communs tels que la cruauté ou le désir de liberté face à l’autorité et l'intention de révéler à la conscience quelque chose qui était caché, permettant de voir dans chaque action une solution possible à un conflit dramatique inattendu. Les deux œuvres grecques et à l'avant-garde croit observer un sentiment de fracture et les crises, plus l'émergence de problèmes tels que la liberté individuelle ou la coexistence de réalités apparemment inconciliables. Bref, García Guerrero trouve à la fois chez le prédécesseur et ses disciples le désir d'innover et de transmettre à travers la création d'une nouvelle (et innovante) forme théâtrale. Cette influence vient certainement par contact à travers la lecture de textes.

    Argentine, 1950. Leopoldo Marechal représente pour la première fois au Teatro Cervantes son Antígona Velez, à la demande du gouvernement national, avec l'intention d'essayer de surmonter le dichotomie péronisme-l'anti-péronisme qui divise l'opinion publique et qui apportera de nombreuses conséquences néfastes dans l’avenir. Marechal situe son histoire à La Pampa, quand on cherchait à étendre les frontières sur des terres autochtones. En outre, les personnages ont des noms du pays, à l'exception d’Antígona qui conserve son nom, auquel on a ajouté un nom de famille. Certains personnages féminins n'ont pas beaucoup de poids dans l'action (Carmen n’est pas Ismène), d’autres n’existent plus (il n’y a pas d’Eurydice pour ce Créon). Le chœur a aussi changé, maintenant divisé en deux : l’un composé par des femmes et l’autre intégré par des hommes. La peine est différente: la jeune fille sera envoyée sur le front de l’attaque sur les aborigènes et ils lui donneront la mort. Les amants meurent l’un près de l’autre mais ne se suicident pas comme dans les autres œuvres. Il n'existe pas d’après cette héroïne une version idéalisée du monde ou une recherche désespérée de la mort, anoncée déjà au debut de l’oeuvre par les trois sorcières. Accepter sa condamnation, car il ne reste rien à faire: elle n’a pas peur de la mort parce qu'elle sait que ceci sera quelque chose de bien pour la société, l'autorité est acceptée sur déclaration de culpabilité:

    "El hombre que ahora me condena es duro porque tiene razón. Él quiere ganar este desierto para las novilladas gordas y los trigos maduras; para que el hombre y la mujer, un día, puedan dormir aquí sus noches enteras; para que los niños jueguen sin sobresalto en la llanura." (Marechal, 1950: 69.)

    Puerto Rico 1968. L’action chez La passion selon Antígona Perez se situe maintenant dans l'Amérique Latine au milieu du XXe siècle. Le texte de Luis Rafael Sánchez a lieu dans une république imaginaire, comme dans les œuvres les plus représentatives du réalisme magique. Son souverain est le généralissime Créon Molina, un dictateur de la région, oncle de cette jeune Antígona. Hector et Mario Tavarez, deux rebelles qui avaient tenté de saper la dictature, ont été tués par des partisans de Créon, mais si l'intention était de laisser leurs corps sans sépulture afin de servir d'avertissement, quelqu'un les a enterrés et il est supposé qu’Antígona sait où est la tombe de ses amis. Une variation sur le mythe: il y a deux condamnés post-mortem (et pas un seul mort dont l'âme est rachetée et un autre condamné pour trahison), qui n'ont pas de filiation de sang avec la jeune fille, mais qui, une fois morts, deviennet les frères que toute Antígona doit avoir pour pouvoir porter ce nom (ainsi que de choisir la mort, comme le protagoniste avoue au début de l'ouvrage.) Le rôle du chœur semble être rempli par les médias qui soutient le gouvernement. L'issue fatale, l'exécution d'Antígona, qui est considérée par la protagoniste comme une proclamation de la volonté de liberté de l'individu, est proclamée par la presse comme l'exécution de cette scélérate redoutable.

    Argentine, 1986. Une autre page noire dans l'histoire latino-américaine est présentée par la dramaturge Griselda Gambaro dans sa pièce Antigona Furiosa. Sur scène il n’y a que trois personnages: Antígona, Corifeo et Antinoo (qui incarnent aussi les autres personnages mentionnés) et aussi un Créon représenté par une carcasse et qui permet de prendre le pouvoir à celui qui entrent dans elle. Antígona s’est déjà pendu mais revient à la vie pour faire face au conflit qui l’a conduit à la mort. En faisant allusion à la disparition physique de personnes au cours de la dernière dictature militaire, Antígona est une folle, quelqu’un qui n'a plus de place parmi les vivants et pas encore parmi les morts et qui tourne sans cesse autour d’un cadavre sans sépulture. L'héroïne revient à la vie, retourne à la tombe avant la fin pour achever là une histoire sans fin, ou plutôt, une fin qui est constamment répétée. Comme obligée sans cesse à exécuter le geste terrible, Antígona enterre maintes fois son frère et elle est donc condamnée à mourir. Il n'y a aucune chance de se battre contre le pouvoir établi, c’est la raison pour laquelle Antígona décide de se suicider. Comme l'héroïne de Sophocle, elle est venue dans le monde pas pour partager la haine mais l'amour, mais comme ceci n’est pas possible, elle se voit réduite au silence et à la mort.

    À l'origine, le mythe d’Antigone représentait certains valeurs religieuses telles que l'obéissance de l'homme aux lois divines. Il a fallu l'émergence de la société disciplinaire et ses dispositifs de contrôle pour qu’Antigone devienne l'opposition à la tyrannie, c’est alors que sa figure commence à prendre une nouvelle forme dans les lettres occidentales. Il y aura des époques plus susceptibles que d'autres à la réécriture des mythes antiques et celles-ci seront les temps de crise. Précisément les deux derniers siècles ont été la scène privilégiée pour ces nouvelles Antigones. Pasolini et Cocteau reprennent le mythe d'Œdipe pour exorciser ses propres démons, pour assumer sa vérité en la projetant dans son art. Les auteurs latino-américains tentent de leur côté de rendre compte de la relation conflictuelle établie sous les dictatures entre le régime despotique et le respect des droits des citoyens. Pendant ce nouveau millénaire, il nous reste d’attendre que les révisions du mythe ne s'arrêtent pas, de sorte que dans les temps de l'homme chosifié par la puissance de la société capitaliste de consommation ne se taisent les voix qui toujours nous font sentir encore vivants.

    Bibliographie

    Fifield, William (1996). “Jean Cocteau”, Confesiones de escritores. Narradores I. Buenos Aires, El Ateneo.
    Gambaro, Griselda (1989). “Antígona furiosa”, Teatro 3. Buenos Aires, De la flor.
    García Guerrero, Esperanza (2009). “Sófocles y el teatro de la vanguardia”. Groenlandia Nº3. <http://www.revistagroenlandia.com/>
    Genette, Gerard (1982). Palimpsestes. París, Du Seuil.
    Marechal, Leopoldo (1992). Antígona Velez. Buenos Aires, Colihue.
    Sánchez, Luis Rafael (1978). La pasión según Antígona Pérez. San Juan de Puerto Rico, Cultural.
    Steiner, George (1987). Antígonas. Barcelona, Gedisa.

     



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