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    Maria Immacolata Macioti - Orazio Maria Valastro (a cura di)

    M@gm@ vol.10 n.2 Maggio-Agosto 2012

    LES ENFANTS ET FAMILLES DE COUPABLES : LE GENRE DU ROMAN FAMILIAL


    Franziska Georgii

    f.georgii@gmail.com
    Doctorante contractuelle à Aix-Marseille Université, prépare une thèse en co-tutelle avec l'Université Eberhard Karls, Tübingen, Allemagne, sur le travail de mémoire littéraire des enfants de coupables de la Seconde Guerre mondiale en France et en Allemagne.


    L'imaginaire « doit être la hache qui fend la mer gelée en nous » [1]

    Enquêter sur les mémoires de la Shoah, un demi-siècle après, que ce soit en France, en Allemagne ou aux États-Unis, c'est d'abord enquêter sur le silence. Un silence asphyxiant et délétère, un silence de malaise, de souffrance et de mépris face aux compromissions de toute une génération, qui semble s'être transformé en pacte tacite et empoisonné, que le philosophe Hermann Lübbe a qualifié sous le concept très controversé de « mutisme communicatif devant les biographèmes de couleur brune » « kommunikatives Beschweigen brauner Biographieanteile » [2], en y voyant non pas tant un mécanisme de défense employé uniquement par les «coupables» pour taire leurs responsabilités, qu'un pacte familial tacite visant à préserver l'honneur de ses membres [3].

    Mais au lieu de s'estomper, de s'apaiser, on remarque aujourd'hui que ce silence s'est perpétré comme un fardeau, comme une malédiction sur plusieurs générations, et ce, sans perdre de son acuité, même si on peut situer le paroxysme de la virulence des confrontations intergénérationnelles dans les révoltes et les affirmations publiques de la jeunesse soixante-huitarde. Pour le moins peut-on affirmer que grâce à l’insistance de la génération de 68, la chape de plomb qui pesait sur le passé nazi de l’Allemagne a commencé par se fissurer, pour s'orienter davantage vers un débat public, médiatisé, en refusant désormais de se calfeutrer dans un mutisme familial devenu de plus en plus insoutenable, qui marque la fin d’une période de plus de vingt ans d’un refoulement collectif et individuel.

    Se pose alors la question de savoir comment il devient possible de médiatiser, ce qui par nature, résiste à toute forme de médiatisation, à savoir le silence, les expériences limites de la douleur, l'ineffable. Lorsque les parents et grand-parents ont renié avec acharnement leurs compromissions avec le national-socialisme, les enfants et familles de coupables se sont vus confrontés à un double défi: se satisfaire des seuls fragments essaimés par une vie, comme les journaux intimes, les notes volantes, égarées, les commentaires et annotations diverses, les photographies, les documents d'archives, les objets, si objets il y a, et recourir à leurs souvenirs fragiles, afin de surmonter un tabou familial affligeant. Michel Séonnet évoque cette difficulté d'écrire la vie de quelqu'un dans Sans autre guide ni lumière: « De tout cela, que des bribes, des lambeaux, fragments, défilé incessant comme à creuser des sillons dans sa tête » (p.98). Il semblerait que ces passeurs de mémoire ont ceci de commun qu'ils adhèrent à l'idée wittgensteinienne selon laquelle l'inexprimable ne saurait être qu'un mythe. Les procédés littéraires leurs sont de précieux moyens pour contourner ou même pour exprimer, thématiser le blanc laissé par l'histoire familiale [4]. Michel Séonnet, dans La marque du père, semble d'ailleurs y exceller: « Comme si j'avais le sentiment que le récit ne sera jamais que l'ombre de la réalité, qu'on ne peut approcher la réalité des choses (et des personnes) qu'à l'écoute patiente de leur silence. Tu vois jusqu'à quel point tout cela m'a donné forme! Forme silencieuse » (p.52). L'innovation et le génie artistique, créateur, viennent également se mêler à la bonne fortune, aux lois du hasard, dont dépend toute enquête sur le passé. Pascal Jardin le résume si bien par cette phrase extraite du Nain Jaune: « Voilà les raisons pour lesquelles je pars à l'aventure avec le nez au vent, en espérant que le hasard fera bien les choses, que la mémoire suivra et la syntaxe aussi.  » (24)

    Il devient alors légitime de se demander si la littérature des enfants et des familles de coupables (qu'elle soit d'ailleurs purement fictive ou réelle, c'est-à-dire vécue), permet de renouveler et de problématiser l'approche historique de la Shoah. En d'autres termes, quels sont les dangers encourus par une confrontation plus intuitive, plus libre à l'histoire, par une histoire « ressentie » [5], qui s'affranchirait du même coup des préceptes méthodologiques de scientificité?

    1. Le rôle du genre autobiographique

    Le média de la transmission de la mémoire

    La question de la médiatisation occupe une place essentielle dans le travail de mémoire sur l'époque de la Seconde Guerre mondiale, puisque nous sommes en train de passer, dans la culture mémorielle, avec la disparition des derniers témoins directs de l'époque, d'une mémoire individuelle et immanente des événements, à une mémoire médiatisée, de seconde main. La transmission de l'histoire par les enfants et les familles de coupables en constitue un pan considérable et très particulier, dans la mesure où il court toujours le risque d'une attitude aveuglante de déni ou de justification, que ce soit pour incriminer les ascendants ou au contraire, pour les dédouaner, les libérer de toute responsabilité directe face aux millions de vies décimées.

    Qui dit médiation de la mémoire, dit médiateurs, dit médias [6]. Or les enfants et familles de coupables transmettent leur expérience par le truchement du récit auto/biographique, qui peut prendre la forme du roman des origines, du roman familial, généalogique, ou d'un genre aux codes littéraires moins déterminés tel que le récit de filiation. Malgré l'hétérogénéité et la multiplicité des sous-genres autobiographiques, auxquels s'ajoutent bien évidemment l'auto/biofiction, force est de constater que ces textes composites sont tous désireux de saisir une histoire collective à partir de parcours individuels [7] ou pour le moins, de montrer leur entrelacement inévitable. Les romans familiaux de Stephan Wackwitz, Ein unsichtbares Land, de Wibke Bruhns, Meines Vaters Land, de Uwe Timm, Am Beispiel meines Bruders ainsi que les biofictions La Marque du père et Sans autre guide ni lumière de Michel Séonnet ou le roman Les lauriers de lac de Constance, de Marie Chaix en constituent de parfaits exemples.

    L'autobiographie et le danger d'une représentation erronée de l'histoire

    Le récit de filiation porte l'empreinte de bouleversements sociologiques (comme par exemple celles du conflit intergénérationnel, celles de l'éclatement de l'unité sociale que constitue la famille, de la difficile communication entre ses membres etc...) et s'inscrit de ce fait dans un moment épistémologique, puisqu'il fournit des moyens par lesquels il devient possible de décrire, de définir, de classer et d'expliquer un fait social donné. De ce point de vue, on peut s'accorder à affirmer que les textes autobiographiques constituent des séismographes sensibles aux évolutions sociales. La création esthétique en recèle les traces et il relève évidemment de la responsabilité du lecteur, du récepteur, de les interpréter à leur juste mesure. On serait en effet tenté de dire que le danger de la médiatisation réside dans la posture adoptée par le lecteur et non dans le contenu des œuvres en question. Confondre un roman, une fiction, avec un livre spécialisé d'histoire, c'est en faire un usage fallacieux et même dangereux. Que le roman ne saurait satisfaire les exigences de l'historiographie et de la traçabilité des sources n'est pas une nouveauté. Il faut en effet recourir à d'autres catégories de différenciation afin de pouvoir discerner un roman familial ou une auto/biofiction «réussie», d'un texte qui aurait manqué son ambition. On peut alors se joindre à Gérard Genette pour affirmer que le roman familial ou le récit de filiation se trouve « au-delà ou en-deçà du vrai et du faux, et le contrat paradoxal d'irresponsabilité réciproque qu'il noue avec son récepteur est un parfait emblème du fameux désintéressement esthétique». Mais est-ce que cela veut dire pour autant que la fiction possède tous les droits, qu'elle jouit d'une impunité radicale, que le médiateur, aussitôt qu'il se protège de l'alibi «fictionnel» peut agir comme il l'entend? Il semblerait que non et que c'est au contraire une des confusions appartenant aux lieux communs les plus éculés de la vogue déconstructionniste, en vertu de laquelle tout discours, ne pouvant par principe satisfaire à l’exigence de vérité absolue, sombre forcément dans le relativisme intégral [8]. Il convient donc de redéfinir les limites non pas axiologiques nous y reviendrons, mais dans un premier temps, épistémiques de la fiction, afin de posséder un outil permettant de distinguer les médiatisations dangereuses ou fallacieuses des médiatisations heureuses, réussies.

    Les limites épistémiques de la fiction

    La fonction de la narration est indissociable de ses conditions effectives, à savoir la mise en circulation, que ce soit par la parole ou par la publication. Fondamentalement, la narration, ou le récit, a à voir avec la transmission, donc avec une forme de socialisation. C’est dire que la fiction a partie liée, profondément, avec l’autre, le collectif ou, comme aurait dit Norbert Elias, l’interdépendance : la fiction est, en soi, une forme de sociabilité. C’est donc en remettant la dimension esthétique et la dimension herméneutique de la fiction à leur juste place – celles d’une dimension parmi d’autres, et pas forcément la plus intéressante – que sociologie et anthropologie peuvent véritablement travailler avec la fiction, dans son va-et-vient entre imaginaire et réel. Il serait donc vain et erroné d'évaluer les textes uniquement sous l'angle de leur rapport à la réalité. « Un premier réductionnisme, typique du monde savant, consiste à rabattre la fiction sur un pôle et un seul, en la cantonnant soit au monde imaginaire –oubliant qu’elle puise une grande part de sa raison d’être dans l’expérience réelle –, soit au monde réel – subordonnant l’intérêt de la fiction à sa capacité d’exprimer la réalité vécue. Or ce n’est pas à l’un ou à l’autre de ces deux pôles de l’imaginaire et du réel que la fiction existe, mais bien entre. » [9] La forme romanesque et par là on entend l'imaginaire, autorise en effet une certaine distance avec le réel, qui peut être nécessaire pour donner une forme à l’émotion, lorsque l’expression à la première personne n’est guère accessible, tant la compassion éprouvée par le spectateur est incommensurable avec cette souffrance même [10]. L'articulation entre le « Moi » autobiographique, la famille et l'histoire ainsi que la structure, la signification que l'on donne au passé, reste donc largement tributaire du choix des processus narratifs. La façon dont le narrateur se souvient des faits historiques, la manière dont il intègre le savoir transmis par les témoins directs pour construire l'horizon et l'histoire de sa propre identité, constituent autant d'éléments permettant d'analyser la qualité de la médiatisation entreprise. Qu'il s'agisse de textes de fils et de familles de coupables en France ou en Allemagne, il existe des régularités, des codes narratifs, une grammaire narrative si j'ose dire qui, à côté des champs thématiques choisis par les auteurs, déterminent la qualité et la cohérence du travail de mémoire envisagé. Il serait donc vain et fallacieux d'ériger comme critère principal la cohérence entre les textes et la réalité et de reléguer la fiction au rang de la supercherie et du mensonge.

    2. Esquisse de l'évolution du genre ou comment assurer la légitimité d'un genre hybride...

    Le renouveau littéraire des romans familiaux: de la reconstitution à l'enquête, du roman familial au roman mémoriel [11]

    Le concept de roman familial ne parvient que difficilement à se détacher de l’image désuète d’un genre sage et réconfortant, qui console de l’injustice causée par les péripéties historiques, en renvoyant à une chaleur humaine propre à la vie familiale, souvent idéalisée et peu apte à faire émerger un travail de mémoire fructueux, qui ne saurait se borner à la description idyllique, voire kitsch et un peu mièvre, emprunte de nostalgie et de bons sentiments, d'une époque donnée. Cette caractéristique anachronique semble en effet se trouver de plus en plus dépassée par une vague de romans autobiographiques et autofictionnels, qui s’attachent davantage au destin particulier qu’à celui de tout un groupe généalogique et familial. D’autre part, force est de constater que les romans contemporains ne partagent pas la même foi dans l’ordre et le déroulement logique et linéaire des choses, puisque les trous de mémoires, les vides, les lacunes contraignent à dépasser une perspective qui ne saurait être chronologique. Ainsi, dans Am Beispiel meines Bruders, de Uwe Timm, le narrateur construit, tisse l'histoire familiale à partir de trois moments présents dans le journal intime de son frère. La répétition des images évoquées, enrichies progressivement par des réflexions et l'histoire familiale, se constitue alors comme une ronde, où l'ellipse et l'interruption y semblent parfaitement intégrées. Michel Séonnet évoque, dans Sans autre guide ni lumière la même idée de progression à travers la métaphore musicale du contretemps qui a pour objet la superposition de lignes musicales distinctes: « Contrepoints- ce serait ça ces fragments de nos vies que l'on croit dispersés et dont la dispersion épuise? ». Le fragment est dès lors légitimé puisqu'il rentre dans la constitution intrinsèque d'une écriture polyphonique qui nécessite deux pôles, l'harmonie, et le contrepoint, la régularité et son irruption nécessaire.

    Le roman de Wackwitz parvient quant à lui à enchevêtrer les différents niveaux temporels et de ce fait, à montrer l'actualité et l'impact du passé de son grand-père, qui continue d'influencer ses choix et ses actions. Par la superposition des niveaux temporels s'opère parallèlement celle des différents acteurs, la mémoire des victimes n'est dès lors plus séparée de celle des coupables, qui semblent cohabiter dans un espace-temps où les différents chronotopes se juxtaposent. Si les « victimes » fraternisent et entrent en communication, tels Marc Bloch et Walter Benjamin, l'arrière-plan reste marqué par le portrait pesant d'un grand-père frénétique et jubilant devant l'arrivée d'Hitler. Wackwitz parvient ainsi à produire des interactions entre la mémoire des coupables et celle des victimes. Il arrive de ce fait à instaurer, à esquisser un processus interculturel de recherche de la mémoire qui s'affranchirait des contraintes de l'espace, du temps et de la vraisemblance mais qui ne perd pas son lien référentiel avec la culture et les victimes.

    De la reconstitution au « romanquête » [12]

    Il existe une différence fondamentale entre le roman familial sous forme de récit, de reconstitution [13], de mémoires et celui où le narrateur adopte une attitude d’enquêteur. Dans un cas, le narrateur déploie l’histoire comme le produit de sa connaissance. L’enquêteur au contraire évoque également l’acquisition même de son savoir et de tout ce qui a pu lui échapper à un moment donné de ses recherches et investigations, il entreprend un retour réflexif sur son récit, ce qui peut se traduire par exemple, par la correction des souvenirs partiels des membres familiaux et le recours aux sources historiques. Ainsi, dans Am Beispiel meines Bruders de Uwe Timm, le narrateur rapporte les discussions des parents durant la guerre et des anciens vétérans de guerre après 1945. Il s'agit d'histoires de la bataille de Stalingrad, de Kiev où le père et le frère avaient été engagés. La focalisation interne adoptée par le narrateur dans un premier temps, qui donne bien à voir la volonté des membres familiaux, de redorer le passé par le récit d’événements héroïques, est alors aussitôt dépassée par un point de vue externe et neutre, qui informe de l'exécution par un commando spécial, près de Kiev, de 33771 juifs. Ce changement de perspective permet donc de corriger la mémoire des membres familiaux sans pour autant sombrer dans un attitude moralisante, tout est déjà dit par le procédé narratif lui-même.

    Si cette distinction poétologique entre simple reconstitution et « enquête » peut sembler banale, elle constitue néanmoins une définition opératoire lorsqu’il s’agit de comprendre l’adaptation contemporaine et la renaissance du genre du roman familial. Les œuvres de Stephan Wackwitz et de Wibke Bruhns s’étendent sur une période qui remonte jusqu’au XIXe siècle et rapportent donc des événements que les auteurs n’ont pas vécus eux-mêmes. On remarque parallèlement que les écrivains favorisent le paradigme topographique au paradigme généalogique quand il s’agit de figurer la filiation et l’attachement des personnages à leur culture. Afin de reconstituer l’histoire familiale et l’histoire politique dans leur enchevêtrement inextricable, le narrateur de Ein unsichtbares Land entreprend un voyage mémoriel à travers les mémoires de son grand-père qui entre 1921 et 1933 fut pasteur pour la communauté allemande près d’Auschwitz, avant d’être officier en Namibie d’où il revint en Allemagne en 1939. Cette lecture incite le narrateur à partir à la recherche de la « contrée fantomatique qui s’étend entre la Vistule et la Sola, entre les Carpates et les marais, entre Kattowitz et Auschwitz. […] (dans ce paysage auquel ma famille, mais, semble-t-il, tout le pays aussi sont attachés depuis un demi-siècle de manière étrange et secrète) ». Pour Wackwitz, le but de ce voyage est double : mieux comprendre «la prostration», le mutisme obstiné et les accès de bouderie et d’abattement de ce grand-père qui, déjà de son vivant, était «quelqu’un dont le discours nécessitait des explications historiques» (45), mais aussi lever le secret de son «propre non-avenir» (57), de sa mollasserie de jeune homme, de cet «état très particulier, gênant et fort désagréable à mon goût, qui était fait d’un mélange de paralysie et de subordination résignée, mais en même temps d’insuffisance, de rêverie, de honte et de révolte réprimée» (61).

    Chez Stephan Wachwitz, force est de constater que l’attitude d’enquêteur qu’il adopte donne naissance à une autonomie essayiste, une liberté formelle et une certaine flexibilité. Stephan Wackwitz semble davantage se diriger vers une conception moderne, classique, dans le sillage de l’ars memoriae et de l’esthétique de l’archivation, pratiquée par les grandes figures de Walter Benjamin et de W.G. Sebald. Donc même si le livre de Wackwitz comporte le sous-titre de «roman familial», il semblerait qu’il s’écarte notablement du genre en question: l’absence de toute chronologie, de l’unité des lieux, des événements et des personnages (les femmes restent dans ce roman des figures de second ordre) nous fait alors apercevoir une nouvelle manière de se rapporter au passé et de faire renaître un genre ayant subi de nombreuses évolutions que Régine Robin a cristallisé sous le concept très évocateur de « roman mémoriel » [14].

    3. L'impact de la filiation sur la transmission de l'Histoire

    En dépit du procès acerbe qui fut réservé à la notion de famille tout au long de la première moitié du vingtième siècle, on assiste depuis plusieurs décennies à un retour en force de pratiques littéraires multiples et transgenres qui élisent le paradigme de la filiation comme foyer privilégié d’interrogation et d’inspiration. Dans la littérature mémorielle, on peut s'accorder à différencier deux types de récit de filiation: cette distinction binaire répartirait d'un côté, la « littérature des pères », comme celle des années 1970 et 1980 en Allemagne, on peut citer les auteurs Frank, Henisch, Vesper, Gauch, Plessen, Rehmann, Kersten, Bronnen, Schwaiger etc...et d'un autre côté, le roman familial (Bruhns, Wackwitz, Werle, Braun, Himmler, et du côté français: Chaix, Jardin, Fernandez, Jamet, Séonnet, qui correspondent davantage à une classification à part). Aleida Assmann a vu dans cette bipolarité le passage de la littérature accusatrice des pères au genre plus conciliant du roman familial, qui serait donc le reflet d'une évolution de la relation des enfants à l'autorité parentale et familiale. Ce que les deux sous-genres ont de commun d'après Assmann, c'est la focalisation sur un « Je » fictif ou autobiographique, qui tente de percer à jour le secret de sa famille, afin de (re)construire son identité. Cette quête identitaire, selon A.Assmann [15] se solde par une rupture et un règlement de compte pour la littérature des pères, par une recherche de continuité et une volonté d'empathie et de compréhension pour les romans généalogiques, dits familiaux. S'il en est ainsi pour la littérature contemporaine de langue allemande bien qu'il faudrait aussi y apporter des nuances, il n'en va pas de même pour la littérature française. Qu'il s'agisse de Ramon, de Dominique Fernandez, de Le Nain Jaune, de Pascal Jardin, du Roman des Jardin, d'Alexandre Jardin, force est de constater que les fils entretiennent avant tout une relation d'empathie avec leurs pères, qui se situe à la limite dangereuse d'une réhabilitation. On se voit alors confronté à deux dangers relatifs à la littérature des pères. Du côté allemand, on peut regretter les discours chargés de haine des textes de Niklas Frank, de Günter Seuren ou encore de Bernward Vesper, qui leur vaut parfois, et à juste titre, le sobriquet de littérature « kamikaze » ou de « romans-règlement de compte » (Abrechnungsromane). Dans une cascade d'insultes virulentes, Niklas Frank semble en effet oublier qu'il s'adresse à un « tu » fictif, son roman devient alors le terrain d'une confrontation virulente dont le caractère privé et intime ne saurait constituer le terrain propice pour un travail de mémoire cohérent.

    La difficulté de ces textes réside dans l'hypertrophie de la charge émotionnelle, que les auteurs ne parviennent pas à dépasser, à canaliser, à transfigurer par le procès de l'écriture par le recours à l'imaginaire qui loin, en termes freudiens chercherait simplement à canaliser les émotions, y apporterait une analyse historique et sociale intéressantes.

    On peut déplorer à l'inverse, du côté français, des stratégies de justification des actes des pères dont les fils se réclament fièrement. Ainsi, chez Pascal et Alexandre Jardin, fils et petit-fils de Jean Jardin, éminence grise sous le gouvernement de Vichy, se dégage la volonté d’appartenir à un même sang : “Je suis l’autre Nain jaune, je suis son double”, écrit Pascal, qui par ailleurs n'hésite pas à brosser un portrait élogieux de son père: «Inventeur, destructeur, conteur prodigieux d'une vie qui n'était extraordinaire que parce qu'elle était la sienne, et qu'il savait la reprendre au bond et la transfigurer, la faire rebondir et la réinventer, mon père était un génie.» On retrouve la même revendication identitaire chez Alexandre Jardin. L’héritage pourtant est pesant. Jean Jardin alias le « Nain jaune », catholique convaincu, politiquement à droite, homme d’ordre assurément, tenant de l’autorité et du pouvoir, sera sous Vichy le chef de cabinet de Pierre Laval. Son fils fera de cet épisode une description souvent cocasse, mais sans insister sur le rôle de son père, le dédouanant de collaboration avec l’Allemagne nazie en évoquant, dans La guerre à neuf ans, les juifs qu’il a accueillis chez lui. Le petit-fils Alexandre a de même métabolisé le traumatisme. Il lui faut, dit-il, “désouiller” le nom de son père. Déclinée sur trois générations, les ouvrages des Jardin ont ceci de commun qu'ils n'hésitent pas à dévoiler leur admiration profonde pour le « clan » auquel ils appartiennent et dont Jean Jardin constitue une figure illustre, pour ne pas dire centrale, ainsi, Pascal Jardin affirme :

    Raconter le Nain Jaune, ce n'était pas aisé. C'est un chemin de crêtes, un passage frontalier quetté par des gens pour la plupart ennemis. C'est une soirée au cirque, sans filet. C'est bondir du trapèze, passer dans le cerceau, déchirer le papier blanc et disparaître dans un éclat de rire. Mon père était mon Roi. Un Roi-phénix. Le Nain Jaune est mort. Vive le Nain Jaune. (220)

    Si on a le droit de douter de la valeur testimoniale et de la cohérence du travail de mémoire entrepris, on doit néanmoins admettre que le lecteur reste averti des motivations de l'auteur. Ainsi, dans chez Alexandre Jardin, dans Le Roman des Jardin, de nombreux moments de lucidité essaiment l’œuvre sous la houlette de l'imaginaire jardinesque :

    « De l'intérêt d'être crédule. Dans mon cerveau peuplé de légendes jardinesques, le mal était un malentendu, les crapules d'aimables farceurs et les manèges de l'ambition une méprise. Je me doutais bien qu'il y avait sur le globe quelques égarés provisoirement intéressés et méchants mais je les supposais déchirés de remords et prêts à se convertir à la bonté à la première homélie sucrée qu'on leur adressait. Volontiers angélique, je gambadais dans un univers mental radiaux ou le Zubial (sobriquet du père d'Alexandre Jardin, Pascal Jardin), était un héros intouchable, ma mère une romanesque personne, le Nain Jaune un fabriquant de miracles et tous les miens d'exquis poètes à la recherche de l'or du temps... L'envers de ce délicat paysage, on l'a vu, était moins gracieux... » (102)

    La tension entre l’attachement viscéral aux Jardin et l’urgence de s’en délivrer, de s’affranchir de l’ombre d’un père et grand-père vichyste, écartèlent les deux auteurs, qui ne parviennent pas, cependant, à dépasser une admiration aveuglante et crédule pour aborder l'épisode ténébreux du passé paternel [16].

    Conclusion

    L'étude comparative succincte de « romans familiaux » de langue française et allemande a permis d'étayer et d'appliquer un certain nombre de considérations théoriques tout en montrant les limites, les dangers inhérents à la médiatisation de l'Histoire. Contrairement aux idées reçues, l'imaginaire, la fiction n'a pas été responsable d'un fourvoiement dans le rapport au passé. Au contraire, l'imaginaire a plutôt favorisé une approche plus cohérente par le travail sur les non-dits et le silence, par la distanciation et la réserve nécessaires qu'implique le travail de mémoire des fils et petits-fils de coupables ou de suiveurs passifs ou actifs du Troisième Reich. L'imaginaire n'a alors plus une fonction simplement descriptive ou mimétique dans la représentation du passé, il participe au contraire à un nouvel éclairage, que l'historiographie à elle seule ne saurait donner.

    L'analyse de ces récits auto-bio-fictionnels qui mêlent le genre autobiographique, la mémoire et l'imaginaire, semble avant tout révéler la nécessité de plus en plus pressante d'un débat théorique sur les formes de représentation littéraires dans la médiatisation d'un passé vécu comme extrêmement douloureux et émotivement très chargé.

    Force est de constater que l'enquête littéraire sur le destin des pères, frères et grands-pères disparus a connu un renouveau: après des années de condamnation et de révolte se lit le désir de plus en plus affirmé d'une réconciliation avec l'histoire familiale, souvent accompagné d'une confiance inouïe dans les vertus thérapeutiques et salvatrices de l'écriture.

    Nous avons vu que cette nouvelle approche peut se révéler problématique, voire dangereuse. Harald Welzer considère à ce titre que le genre hybride et composite du roman familial véhicule des « images troubles », selon le titre de l'œuvre de Ulla Hahn, « Unscharfe Bilder », dans lesquelles il voit une tentative implicite des enfants et familles de coupables, de se détourner du rôle effectif qu'ont joué leurs membres familiaux dans la Shoah. Les textes français s'illustrent parallèlement par une volonté très forte de réhabilitation, même si les œuvres de Michel Séonnet, comme La marque du père et de Marie Chaix, Les lauriers du lac de Constance, font preuve d'un travail de mémoire riche et fructueux. Une autre faiblesse commune à la littérature des pères semble demeure la radicalisation du débat autour du fascisme qui ne rend pas pour autant plus visibles les victimes qui, de fait, se trouvent exclues de ce qui est devenu un conflit intergénérationnel dont l’enjeu est un règlement de compte entre parents et enfants et non pas le deuil envers les victimes.

    Malgré ces nombreuses faiblesses, les romans familiaux restent un moyen essentiel pour les familles et les enfants de coupables, pour accéder à l'histoire de leur famille. Qu'il s'agisse d'une quête identitaire emprunte de narcissisme, d'une volonté de contribuer à l'historiographie ou d'un besoin de faire le deuil, les textes traduisent finalement tous la même réalité, qu' « écrire, c'est toujours jouer, déjouer la mort, la filiation, le roman familial, l'histoire » [17] selon une définition de Régine Robin.

    « Personne ne témoigne pour le témoin » [18] cet avertissement de Paul Celan maintient à juste titre l'impossibilité de rendre ce que seul le témoin a vécu, mais elle ne doit pas être interprétée comme une imprécation à s'abstenir de toute tentative d'appropriation du passé. Pour finir, on peut faire allusion au constat très juste de l'écrivain hongrois Péter Esterhàzy, qui affirme :

    « Un consensus européen dans nos connaissances de nous-mêmes comme assassins et victimes n'a pas encore vu le jour » [19].

    Il semblerait que les romans familiaux, par la polyphonie et la pluralité des mémoires qu'ils embrassent et retranscrivent, représentent la possibilité de s'approcher de cette exigence.

    Notes

    1] Citation devenue célèbre de Franz Kafka, dans une lettre adressée à son ami Oskar Pollak en 1904.
    2] Hermann Lübbe : « Der Nationalsozialismus im deutschen Nachkriegsbewusstsein », in : Historische Zeitschrift, 1983, 236, p. 579-585.
    3] L'étude de Welzer, Opa war kein Nazi, a révélé de tels comportements.
    4] On peut pour cela évoquer la métaphore du film surexposé dans le roman Ein unsichtbares Land, de Stephan Wackwitz, qui symbolise le vide laissé par le passé, que l'auteur se donne pour objet de reconstituer par une mémoire défaillante et le recours à l'imaginaire.
    5] Cf. le concept de « gefühlte Geschichte » de Norbert Frei, : ZEIT v. 21.10.2004.
    6] Cf. Medien des kollektiven Gedächtnisses: Konstruktivität, Historizität, Kulturspezifität, Astrid Erll, Ansgar Nünning (Hg.), 2004, Walter Gruyter GmbH: « Kollektives Erinnern ist an Medien gebunden. Damit kollektiv relevante Wissensbestände über die Zeit hinweg bewahrt und tradiert werden können, müssen sie in externalisierte Repräsentationsformate, wie etwa in Texte, in Bilder, in Bauten oder Denkmäler überführt werden und so medial stabilisiert werden. » p.195. « La mémoire collective est rattachée aux médias. Afin que les sources signifiantes puissent être conservées dans la durée et faire l'objet d'une interprétation, elles doivent être transférées dans des formats représentatifs extérieurs -comme le texte, l'image, les édifices ou les monuments- pour pouvoir être médiatiquement stabilisés » Le genre autobiographique, celui des mémoires mais aussi la fiction, l'imaginaire sont autant de genres littéraires qui participent activement à la fixation de l'histoire.
    7] Il faudrait nuancer cette affirmation pour les œuvres françaises. Ramon, Le Roman des Jardin, Le Nain jaune représentent plutôt des biofictions qui tentent de décrire au plus près le parcours individuel ainsi que le caractère hors-norme et unique de leurs pères. Ces biofictions s'apparentent quasiment à des hagiographies qui considèrent le fourvoiement politique comme un accident où une conséquence nécessaire d'un génie et d'une liberté de pensée indomptable. Cf. l' image du « fouleur de principes », du « dandy » impétueux et surdoué, qui se fiche du qu'en dira-t-on dans Ramon.
    8] En historiographie, on peut faire référence au linguistic turn initié par Haydn White avec son livre Metahistory: The Historical Imagination in Nineteenth-Century Europe, dans lequel il défendait le point de vue extrême selon lequel le récit historiographique avait recours aux mêmes procédés que le récit fictionnel. A ce titre, Paul Ricoeur dans Histoire, mémoire, oubli en propose une vision bien plus juste et nuancée, dressant de ce fait une barrière contre le relativisme ambiant.
    9] Heinich N., Les limites de la fiction, L’Homme 2005/3-4, N° 175-176, p. 57-76, ici, p.12.
    10] On peut référer au texte de Marianne Schreiber, La passion de Myriam Bloch, dont une note liminaire indiquait qu’à partir de l’entrée des protagonistes dans le camp, tous les éléments du récit étaient authentiques. Or il s'est avéré que l'auteure n'avait jamais été déportée mais qu’elle avait noté tout ce que lui avaient raconté les rescapés à leur arrivée à l’hôtel Lutetia, où elle participait au comité d’accueil. Selon Michael Pollak, « aucun événement de son roman n’est “inventé”. Il s’agit uniquement de la condensation de tous ces événements dans deux personnages, technique littéraire qui, selon l’auteur, n’enlève rien à la véracité de tous les détails relatés ». On peut aussi référer au cas célèbre de Binjamin Wilkomirski qui a déposé le témoignage de son enfance dans les camps, alors qu'en réalité, l'auteur avait été adopté et a grandi en Suisse. Pour ces deux cas, ce qui reste néanmoins problématique, c'est la prétention d'affirmer d'avoir vécu l'horreur des camps, de revendiquer injustement son statut de victime. Le faux témoignage ceci dit, peut parvenir autant, voire plus que le vrai témoignage, à représenter la réalité inhumaine de la vie des camps. La problématique se situe donc sur un autre niveau, en dehors du texte si j'ose dire, dans la sphère publique du vivre-ensemble: ce qui est perçu comme un affront, une offense, c'est l'accaparement du statut de victime par des personnes qui ont eu la chance d'échapper à l'horreur des camps et non la justesse avec laquelle les événements auraient été décrits.
    11] Terme emprunté à Régine Robin dans « Structures mémorielles, littérature et biographie », Enquête, Biographie et cycle de vie, 1989, mis en ligne le 12 janvier 2006. URL : http://enquete.revues.org/document116.html. Consulté le 14 juin 2010.
    12] Néologisme résultant de la contraction du mot « roman » et « enquête ».
    13] Cf. à titre d’exemple et de comparaison le récit de Dominique Jamet, Un petit parisien. Récit. 1941-1945, Flammarion, 2000. Le récit de Dominique Jamet est la restitution des impressions d'un enfant de six ans, l'âge de Dominique en 1942, dédoublé par la voix de l'auteur qui commente ce vécu comme un narrateur omniscient: «L'armée d'occupation découpe et rythme le temps à sa guise. Le matin, une section, précédée d'une musique, descend triomphalement la rue Guynemer et tourne dans la rue Vaugirard. En fin d'après-midi, les mêmes ou d'autres longent de nouveau les grilles du Luxembourg, en sens inverse, et s'engouffrent à l'intérieur du lycée Montaigne. Je ne serais pas un enfant si je n'aimais pas les soldats, qu'ils soient en plomb et de taille réduite ou en chair, en os et grandeur nature.» p.126. Ce dédoublement de perspective narrative confrontant les impressions candides d'un enfant à celles d'un adulte qui a pris distance avec le vécu tout en se confrontant sérieusement à l'implication du père dans le régime nazi, accorde au récit toute sa valeur de récit autofictionnel: la « fiction » correspond dès lors à la restitution imparfaite des impressions infantiles par l'écriture tout en favorisant la juste prise en compte de l'altérité intrinsèque de l'individu.
    14] Cf. à ce titre Voldman Danièle. Robin Régine, Le roman mémoriel : de l'histoire à l'écriture du hors-lieu, Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 1991, vol. 31, n° 1, pp. 110-111.
    15] Aleida Assmann: Grenzen des Verstehens. Generationsidentitäten in der neuen deutschen Erinnerungsliteratur, in: Familiendynamik 30, H.4, 2005, p.370-395, ici, p.375 et Generationsidentitäten und Vorurteilsstrukturen in der neuen Erinnerungsliteratur, Wien, 2006. Cf. également: Der lange Schatten der Vergangenheit. Erinnerungskultur und Geschichtspolitik, München 2006.
    16] Dans Des gens très bien, Grasset, 2010, Alexandre Jardin se livre finalement à un virulent réquisitoire contre son grand-père Jean Jardin, qu'il n'hésite pas à comparer à l' « Eichmann français ». L'imaginaire s'est envolé, ne subsiste alors qu'un essai très mince, un règlement de compte personnel qui ne saurait éclairer le lecteur sur les rouages spécifiques de la politique de l'époque, dans laquelle Jean Jardin se mouvait comme un poisson dans l'eau, menant à son succès et à la pérennité de sa bonne réputation au sein de la société française. Cf. à ce titre la biographie très complète de Pierre Assouline, Jean Jardin. Une éminence grise (1904-1976), Balland, 1986.
    17] Régine Robin, Le deuil de l'origine, une langue en trop, la langue en moins. Presses universitaires de Vincennes, Coll. « L'imaginaire du texte », 1993, p.10.
    18] «Niemand zeugt für den Zeugen» dans Aschenglorie, 1967, Suhrkamp Verlag,(Gloire de cendres), Choix de poèmes réunis par l'auteur, Poésie Gallimard, 2004, p.262.
    19] « Eine gesamteuropäische Übereinstimmung unseres Wissens über uns selbst als Mörder und Opfer ist noch nicht entstanden » phrase prononcée lors de son discours de remerciement à l'occasion de la remise du Prix de la Paix des libraires et éditeurs allemands le 10.10. 2004.

    Bibliographie

    Littérature primaire
    Marie Chaix. Les lauriers du Lac de Constance, Seuil, 1974.
    Dominique Fernandez, Ramon, Grasset, 2008.
    Dominique Jamet, Un petit Parisien, 1941-1945, Flammarion, 2000.
    Alexandre Jardin. Le roman des Jardin, Paris : Gallimard, 2005.
    - Des Gens très bien. Paris : Gallimard, 2010.
    Pascal Jardin. La Guerre à neuf ans. Paris : Grasset, 1971.
    - Guerre après Guerre. Paris : Grasset et Fasquelle, 1973.
    - Le Nain Jaune. Paris : Julliard, 1978.
    Marianne Schreiber, La passion de Myriam Bloch, Fasquelle, 1947.
    Semprun Georges, L’écriture ou la vie, Semprun, Folio/Gallimard, 1994.
    Michel Séonnet, Que dirai-je aux enfants de la nuit ?, Verdier, 1994.
    Dietrich Bonhoeffer, Sans autre guide ni lumière, Gallimard, 2002.
    - La marque du père, Gallimard, 2007.

    Ouvrages en langue allemande
    Wibke Bruhns, Meines Vaters Land, Geschichte einer deutschen Familie, Ullstein, 2005.
    Ulla Hahn, Unscharfe Bilder, dtv, München, 2003.
    Uwe Timm, Am Beispiel meines Bruders, dtv, 2005.
    Bernward Vesper, Die Reise, März Verlag, 1977.
    Stephan Wackwitz, Ein unsichtbares Land, Familienroman, Fischer, 2003.
    Binjamin Wilkomirski, Bruchstücke. Aus einer Kindheit 1939–1948, Jüdischer Verlag, 1995.

    Littérature secondaire
    Assmann Aleida: « Grenzen des Verstehens. Generationsidentitäten in der neuen deutschen Erinnerungsliteratur », in: Familiendynamik 30, H.4, 2005, p.370-395, ici, p.375.
    - Generationsidentitäten und Vorurteilsstrukturen in der neuen Erinnerungsliteratur, Wien, 2006.
    - Der lange Schatten der Vergangenheit. Erinnerungskultur und Geschichtspolitik, München 2006.
    Assouline Pierre, Jean Jardin. Une éminence grise (1904-1976), Balland, 1986.
    Celan Paul, «Niemand zeugt für den Zeugen» in : Aschenglorie, 1967, Suhrkamp Verlag,(Gloire de cendres), Choix de poèmes réunis par l'auteur, Poésie Gallimard, 2004, p.262.
    Elias Norbert, Einleitung 1968, Prozess der Zivilisation I, S. LXVII.
    Erll Astrid, Ansgar Nünning (éd.) Medien des kollektiven Gedächtnisses: Konstruktivität, Historizität, Kulturspezifität, 2004, Walter Gruyter GmbH.
    Frei Norbert, « gefühlte Geschichte » in: ZEIT v. 21.10.2004.
    Heinich Nathalie, « Les limites de la fiction », L’Homme 2005/3-4, N° 175-176, p. 57-76, ici, p.12.
    Lübbe Hermann, « Der Nationalsozialismus im deutschen Nachkriegsbewusstsein », in : Historische Zeitschrift, 1983, 236, p. 579-585.
    Robin Régine, Le deuil de l'origine, une langue en trop, la langue en moins. Presses universitaires de Vincennes, Coll. « L'imaginaire du texte », 1993, p.10.
    - « Structures mémorielles, littérature et biographie », Enquête, Biographie et cycle de vie, 1989, mis en ligne le 12 janvier 2006. URL : http://enquete.revues.org/document116.html. Consulté le 14 juin 2010.
    Welzer Harald, Opa war kein Nazi,Fischer Verlag 2002
    White Haydn, Metahistory: The Historical Imagination in Nineteenth-Century Europe, Paperback, 1973.
    Voldman Danièle. « Robin Régine, Le roman mémoriel : de l'histoire à l'écriture du hors-lieu », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 1991, vol. 31, n° 1, pp. 110-111.


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